
Après
une première demi-heure peu convaincante, le film gagne en épaisseur au fur et
à mesure de ses drames, notamment après l’épisode africain. Le dernier tiers du
film, alors que les personnages ont complètement changé de registre et apparaissent
infiniment marqués et meurtris, est très réussi, le film d’aventure s’étant mué
en un puissant drame.
Alain
Delon compose alors un de ses personnages dont il a le secret : taiseux et
déjà éteint, comme si quelque chose était mort en lui. Lino Ventura, qui campe
le second personnage de ce duo, avec toute la masse de son mutisme, exprime
autrement la tristesse, davantage comme une lassitude que comme une brisure
intérieure. Portés par ces deux acteurs immenses, les deux personnages, amis
intimes qui suivent longtemps la même trajectoire, s’assemblent parfaitement.
Delon,
au travers de ce personnage d'aventurier tête brûlée et perdu, meurt une
nouvelle fois dans un film, ce qui, tout à la fois, est rare pour une star de
cet acabit mais très courant chez lui. Le film, alors, dégage une grande
tristesse lorsque la caméra s’échappe, laissant Roland seul, perdu sur le fort
délabré et battu par les flots.