lundi 27 mai 2024

La Tête haute (E. Bercot, 2015)

 



La Tête haute propose un regard sur le parcours de Malony, enfant puis adolescent (très) difficile, de ses six ans à ses dix-huit ans.
On regrette que le film ne laisse guère planer le doute sur son issue du fait du titre et aussi, il faut bien dire, de son traitement, très conventionnel et pas assez radical (on est loin de L’Enfance nue de Pialat ou de Mommy de Dolan). On sait bien que les choses, progressivement, vont aller s’améliorant pour Mallory. C’est ainsi que, bon an mal an, de crises en réconciliations, le film conduit vers un happy-end un peu facile, attendu et, pour tout dire, un peu redouté.
C’est un peu dommage, le personnage était bien tenu (Rod Paradot le campe de façon convaincante), avec cette façon d’exploser dès que l’étau se resserre ou dès qu’un éclair de prise de conscience est attendu. Plus que Catherine Deneuve dont le personnage de juge bienveillant manque beaucoup d’épaisseur, c’est Benoît Magimel qui compose un personnage plus complexe et attachant.
Bien sûr le film n’évite pas le regard social explicatif (au travers de la mère, bien jouée par Sara Forestier mais dont les traits sont considérablement alourdis par la misère sociale) plutôt que de laisser le personnage être à la fois la cause et la conséquence de ce qu’il est. On en revient à Pialat ou Dolan qui, justement, ne cherchent pas à donner d’explications qui viendraient justifier leurs personnages, manière de faire qui leur donne beaucoup de puissance.

 



samedi 25 mai 2024

Scorpio (M. Winner, 1973)





Film d’espionnage assez classique, construit autour d’un agent double poursuivi par un ancien de ses élèves. Mais, au-delà de la distribution qui fait saliver avec le duo Lancaster/Delon, le film ne surprend guère. La réalisation de Michael Winner reste trop mollassonne alors que l’histoire, avec ses circonvolutions et ses incertitudes (pendant longtemps le spectateur ne sait pas si Cross est un traître ou non), avaient pourtant tout pour accrocher le spectateur.

 

jeudi 23 mai 2024

Looper (R. Johnson, 2012)

 



Intéressant film de science-fiction qui cherche à retomber sur ses pieds en jouant avec les voyages dans le temps. Autour de ce thème compliqué à gérer, il est toujours curieux de voir comment s’y prend le scénario pour ne pas se prendre les pieds dans le tapis. Ici le film rend immédiatement le voyage dans le temps très rare (il est illégal) et destiné à une fin bien précise (éliminer les témoins gênants en les envoyant dans le passé). Mais Rian Johnson s’amuse de ces allers-retours jusqu’au délicieux moment où Joe se voit débarqué, plus âgé, venant du futur. Le film joue alors parfaitement des paradoxes temporels.
Cela dit il faut reconnaître que c’est ce jeu du scénario autour du voyage dans le temps qui fait l’intérêt de Looper, qui n’est, par ailleurs, qu’un film d’action assez conventionnel.
On notera que la clef du film joue sur un personnage qui, du fait de ces délicieux paradoxes des voyages dans le temps, provoque (presque) ce qu’il veut éviter. Et l’on remarquera même que, à l’instar de son rôle décisif dans L’Armée des douze singes, c’est à nouveau l’ami Bruce Willis qui est au cœur de cette affaire.



mardi 21 mai 2024

Le Boss (Il Boss de F. di Leo, 1973)





Dernier film de la trilogie du Milieu de Fernando Di Leo, il est sans doute le moins convaincant des trois. Si di Leo peut s’appuyer sur un bon Henry Silva (et le grand Richard Conte en second rôle), le film est moins sec et massif que le très bon Milan Calibre 9 et moins original que L’Empire du crime. Le Boss reste un polar efficace mais il est trop conventionnel pour être réellement prenant.
Comme dans les deux films précédents de Di Leo, le tueur au centre du film suit à son tour une trajectoire qui lui est propre, en sortant de son rôle d’homme de main et en échappant aux ordres. Le film nous emmène cette fois à Palerme (et non plus à Milan) où une guerre des gangs est l’occasion d’un film violent, où tout n’est que meurtre et trahison. Le terrible univers dépeint par Di Leo est bien loin de la vision presque romantique de la mafia décrite par Coppola.
Plus encore qu’à Milan, la collusion entre mafia et pouvoir politique est totale et le film montre combien les ficelles sont tirées, d’en haut, par des intouchables (qui seront atteints, néanmoins, par les balles du tueur).

 



lundi 20 mai 2024

Red (R. Schwentke, 2010)

 



Banal thriller d’action qui s’appuie sur la star Bruce Willis pour rendre crédible cette énième histoire d’un agent de la CIA à la retraite obligé, à son corps défendant, de reprendre du service. Il n’y a pas grand-chose à tirer de cette grosse fabrication hollywoodienne, si ce n’est, peut-être, un casting intéressant (avec notamment le plaisir de croiser Richard Dreyfuss en grand méchant).


samedi 18 mai 2024

Frayeurs (Paura nella città dei morti viventi de L. Fulci, 1980)

 



Fort du succès de son Enfer des zombies, Lucio Fulci joue à nouveau avec les forces du mal et remplit l’écran de sang et de monstruosité.
Le film n’a pas grand intérêt et il n’y a guère que cette touche fulcienne d’horreur qui comblera peut-être les amateurs du genre mais laissera indifférent (ou fera fuir) les autres spectateurs.




jeudi 16 mai 2024

Stella est amoureuse (S. Verheyde, 2022)

 



L’idée est toujours bonne de proposer une suite où l’on retrouve un personnage quelques années plus tard. Surtout que l’on avait découvert Stella du haut de ses onze ans en sixième, la voilà maintenant en terminale. On peut imaginer voire illustrées deux étapes clefs d’une vie : en quelque sorte le passage de l’enfance à l’adolescence dans un premier temps, le passage de l’adolescence à celui de l'âge adulte dans un second.
Mais, d’emblée, le film se fracasse sur le casting : de n’avoir pu conserver sa jeune actrice pour la montrer huit ans plus tard fait s’effondrer une bonne part de l’idée. Un peu comme si Truffaut avait dû changer d’acteur après Les Quatre Cents Coups.  Et l’on sait combien la saga Doisnel est ontologiquement indissociable de Jean-Pierre Léaud. Ici la jeune Léora Barbara cède donc le rôle, de même – dans une moindre mesure mais cela est tout aussi frustrant – que Karole Rocher, qui jouait la mère.
Cela dit, Sylvie Verheyde n’a pas grand-chose à dire : la première séquence montre Stella en vacances en Italie entre copines, la dernière séquence la montrant, l’année scolaire finie, exactement dans la même situation, accrochée derrière un bel italien sur une Vespa, comme si, entre-temps, rien ne s’était passé. Pour illustrer une année clef on repassera : quelques frustrations (la réalisatrice rejouant à distance le jeu social du bistrot), quelques amours, de la danse, rien de très passionnant et une boucle qui se boucle au bord d’un lac. Finalement il ne s’est pas passé grand-chose dans cette année de la vie de Stella.

 


mardi 14 mai 2024

Mon roi (Maïwenn, 2015)

 



Après le réussi Polisse, Maïwenn enchaîne avec un autre film auquel elle donne une belle vibration, film construit pourtant en suivant un fil rouge assez convenu, autour de la relation entre Tony et Georgio, relation en forme de coup de foudre qui s’effiloche ensuite.
La première partie de cristallisation amoureuse emplie de joie et de complicité est réussie même si la relation, qui devient rapidement toxique, semble changer un peu trop brusquement du tout au tout.
Maïwenn, très habilement, ne filme que du côté de Tony, de sorte que l’on ne sait rien du ressenti de Georgio. On ne sait que ce que Tony croit savoir, mais qu’en est-il réellement ? Les coups de butoir qu'elle subit ne seront jamais contrebalancés par une compréhension profonde de Georgio. On a bien de nombreux indices (notamment de sa sincérité en tant que père), mais on n’adopte jamais cet autre point de vue, qui serait une possible balance pour le spectateur. Cette manière de rester en suspens enrichit beaucoup le film.
En revanche le jeu scénaristique à coups de flash-back autour de la grave blessure au genou de Tony est bien peu convaincant, sans doute parce qu’il ne mène à rien : puisque Tony remarche peu à peu et que la relation avec Georgio en forme de yo-yo semble devoir se poursuivre, que signifie, alors, cette blessure, dont la réalisatrice indique pourtant qu’elle est riche de sens ?
Emmanuel Bercot est parfaite en femme amoureuse malmenée et Vincent Cassel est très bien en connard (selon ses propres termes) à grande gueule.
On retrouve dans ce film un peu la même idée d’un amour destructeur – mais qui n'est pas, ici, porté à son point d’incandescence – que dans La Femme d’à côté, où les sentiments brûlent les êtres. Mon roi apparaît alors comme une version plus réaliste et plus posée (et beaucoup moins sincère et vitale pour ce qui est de Georgio) que le film brûlant de Truffaut.




vendredi 10 mai 2024

Stella (S. Verheyde, 2008)

 



Stella se veut une petite chronique d’une jeune ado en 1977 (Stella entre en sixième en début de film) qui, parce que ses parents tiennent un bistrot, se trouve coincée dans un monde adulte empli de bières, de cigarettes et de jeux de cartes. Stella est bien seule et elle se raccroche à ce qu’elle peut : une amie au collège, une autre dans le Nord qu’elle a quittée il y a peu. Pour le reste il n’y a que des adultes : les parents accaparés ou indifférents, les clients amicaux ou libidineux. Si le film sent le vécu, il tourne un peu à vide, et l'on regrette que le regard sur l’univers du bistrot soit bien peu convaincant. À filmer sans cesse en gros plan Stella, le film ne nous fait guère entrer dans le bar, alors qu’il est un sujet en soi, surtout à le regarder quarante ans en arrière (ce type d’univers ayant largement disparu aujourd’hui).

On notera que la jeune actrice Léora Barbara est parfaite sauf lorsqu’on l’entend en voix off : sa prestation devient aussitôt une récitation peu convaincante, bien loin de la réussite de ses autres scènes.

Le film évoque bien sûr Le Café du cadran de Gehret qui, certes, reste complètement centré sur le bistrot (en ne cherchant pas à se focaliser, comme dans Stella, sur une enfant) mais capte avec une acuité folle la vie d’un bar, en ce qu’il est le réceptacle de la vie des gens, avec toutes ses habitudes, ses particularités, son rythme. Rien de tout cela ici, ou le bar n’est qu’une toile de fond finalement trop peu évoquée si ce n’est pour nous dire qu’il n’est pas un univers pour une enfant.

Sylvie Verheyde proposera une suite en 2022 avec Stella est amoureuse, suite qui reprend les mêmes personnages principaux huit ans plus tard (mais pas les mêmes acteurs, c'est bien dommage), mais qui est très décevant, le film tournant à vide et se laissant vite oublier.




samedi 4 mai 2024

Le Nom de la rose (J.- J. Annaud, 1986)

 


Ce fameux film – adaptation du tout aussi fameux roman de Umberto Eco – plonge avec plaisir le spectateur dans un mélange des genres très réussi : à la fois film d’époque (le Moyen Âge est parfaitement retranscrit à l’image), film policier (avec le délicieux personnage de Guillaume de Baskerville en enquêteur), film théologique (moins que le livre, certes, mais enfin la fameuse question du rire irrigue le film) et même une touche de fantastique. Cet équilibre est très réussi et vient parfaitement épouser l’atmosphère qui imprègne le film. Jean-Jacques Annaud a réussi cette gageure de passionner par tous les aspects du film (comme le roman le faisait lui aussi), sans tomber dans la facilité ou le racolage. Son Moyen Âge est crédible, austère, rigoureux, avec cette abbaye qui règne au milieu d’un monde de paysans (dépeints de façon un peu misérabiliste tout de même, le début du XIVème siècle n’était pas un siècle si noir que cela, moins, d’ailleurs que le furent certains des siècles ultérieurs).
Annaud a construit un décor gigantesque, résultat de la très longue préparation d’avant tournage. Le décor a ainsi pu être construit en anticipant le rôle des différents éléments : l’extraordinaire bibliothèque en forme de donjon est à la fois centrale dans le décor et dans le film. On notera les écarts de manière de faire entre réalisateurs : Claude Chabrol, par exemple, à l’opposé de Annaud, découvrait les décors au moment du tournage (c’est son équipe qui les choisissait pour lui) et ce n’est qu’au dernier moment qu’il réfléchissait aux endroits où il allait pouvoir poser sa caméra. Annaud, lui, sait très précisément où il va. 
Le casting est remarquable : Sean Connery est impeccable (il trouve le ton juste pour interpréter ce moine sagace aux idées modernes) et l'on n’oublie pas qu’il a dû se battre pour le rôle puisqu’Annaud, pour jouer son moine enquêteur, voulait un parfait inconnu. Mais Sean Connery, pour notre grand bonheur, a réussi à s’imposer. Michael Lonsdale, avec cette retenue pincée qui le caractérise, est parfait, de même que les autres acteurs aux trognes mémorables (Ron Perlman s’en donne à cœur joie en Salvatore).
On retrouve donc, au cœur du film et de l’abbaye cette bibliothèque fascinante aux multiples métaphores. Le pouvoir du savoir enfermé dans ce labyrinthe et protégé par Jorge : tout cela donne au lieu un mélange de fascination, de mystère et de caprices d’imagination. Il faut préciser que cette architecture avec de nombreuses cellules sur plusieurs niveaux avec de petits escaliers dans tous les sens est une pure création cinématographique : il y a chez Eco une erreur puisque la bibliothèque, dans son roman, est en deux dimensions, ce qui la rend peu crédible, vu le nombre de pièces.
Cela dit il faut préciser que le film donne une image assez biaisée de l'époque et du rôle des monastères : alors que la reconstitution de Annaud est minutieuse à l’image (allant jusqu’à demander des précisions qui furent des défis pour les historiens), son discours sur les monastères est très caricatural. Les Bénédictins, au XIVème siècle, ne sont pas tant des officines obscurantistes que des lieux de savoir dont l’influence sur le développement intellectuel (savoir livresque mais aussi architectural par exemple) est considérable, ne serait-ce que par l’essaimage de l’ordre au travers de l’Europe (l’ordre de Cluny, notamment, comprendra plus de mille monastères).
Avec les bûchers de l’inquisition, la fin peut sembler un peu excessive et manquer de retenue (en plus d’être anachronique), mais elle donne une belle progressivité à l’intrigue qui file au bout de son idée : le Diable est dans les murs pensent les religieux, il faut l’en extirper, quoi qu’en pense Guillaume de Baskerville et ses raisonnements rigoureux.

  

jeudi 2 mai 2024

Django défie Sartana (Django sfida Sartana de P. Squitieri, 1970)

 



Dans ce western spaghetti que rien ne distingue vraiment de la masse (le genre comprend quelques quatre cents films réalisés en une quinzaine d’années), Pasquale Squitieri joue sur les deux fameux noms de Django et de Sartana que le titre du film feint d’opposer.
Mais, comme bien souvent dans ces westerns qui ont tout du cinéma d’exploitation, le scénario est peu captivant, les situations vues et revues et la technique est convenue (les arrêts sur image qui figent les pistoleros, la musique qui renvoie à Ennio Morricone, les gros plans sur les colts, les bruitages à l’avenant, etc.). Les acteurs jouent, quant à eux, leurs héros de façon hiératique, multipliant les poses.
Il n’y a guère que les amateurs du genre qui s’arrêteront peut-être sur cet énième avatar d’un genre bien souvent décevant.