jeudi 11 mai 2023

Le Cours de la vie (F. Sochjer, 2023)

 



On est tout de même sidéré, parfois, de la faiblesse indigente des longs-métrages français. D’autant que celui-ci, comme s’il voulait renforcer encore sa médiocrité, tente de cocher toutes les cases de la bien-pensance, et même, plus précisément, de la bien-pensance cinématographique, en accumulant les poncifs, les situations et les caricatures les plus navrantes. On a donc droit à un film qui se déroule au sein d’une école de cinéma et tourne autour de cours donnés par une scénariste à des élèves qui sont, eux aussi, comme il se doit, des caricatures d’étudiants. On frémit à l’idée que le film ne soit pas si caricatural et qu’il se fasse l’écho assez juste de ce qui se déroule dans une telle école…
Pour le reste ni les personnages, ni les situations, ni l’intrigue elle-même n’ont d’intérêt, tout étant lisse, joué d’avance, ne sortant jamais de la caricature. Et, comme un bouquet final, la dernière séquence (la lettre jamais lue qui est jetée à la poubelle pour être ensuite ramassée par un élève et qui finit par être lue en voix off) est absolument ridicule : on devrait en rire tellement tout cela est mauvais, mais on est mal à l’aise devant un cinéma si affligeant et qui se croit pourtant si malin.

 



mardi 9 mai 2023

Godland (Vanskabte Land de Palmason H, 2022)

 



Beau film de Hlynur Pálmasson dont la première partie – l’arrivée d’un pasteur en Islande et sa confrontation avec la nature environnante – est saisissante. On ressent combien les éléments qui se déchaînent – la pluie qui ne cesse pas, le froid, l’immensité plate et morne – frappent le jeune pasteur dans sa chair mais aussi dans sa foi. Il titube et c’est à grand-peine qu’il parvient à poursuivre la route.
La seconde partie, lorsque l’installation est faite et que l’église est en construction, est moins convaincante. Pourtant les relations qui atteignent bientôt un point de non-retour (avec le guide, avec le père des deux filles) forment un sujet bien traité. Mais le contraste avec la première partie, la facilité avec laquelle, finalement, l’église se construit – comme si le combat initial n’était plus tout à fait le sujet – est un peu décevant.

Mais le film reste très beau et l’idée de jouer avec les photos prises par le prêtre – photos qui scandent le film et qui sont le prétexte à de belles séquences de portraits – est magnifique.


 

vendredi 5 mai 2023

Mémoires de nos pères (Flags of Our Fathers de C. Eastwood, 2006)





Magnifique film de Clint Eastwood, qui dépasse largement le film de guerre classique pour se livrer à une réflexion complexe et riche sur l’héroïsme, la guerre, la manière de la percevoir et de la vivre.
Comme souvent, Eastwood mélange différents moments (un temps présent et deux temps du passé, lors des combats) et il entremêle les évènements et les souvenirs qui reviennent comme autant de couches de peinture qui se superposent et donnent une épaisseur aux personnages et, par là même, au récit.

Le film prend pour argument la célèbre photo des marines au sommet du mont Suribachi lors de la prise de l’île d’Iwo Jima, photo à l’histoire étonnante – et qui ne peut que fasciner Eastwood – puisque le photographe Rosenthal (célébré pour ce cliché) capte en réalité le second planté de drapeau, celui sans risque et sans prestige. Dès lors, même ceux qui sont sur la photo ne sont pas forcément si héroïques.

Eastwood se balade entre différents époques, comme il aime à le faire, pour tisser les liens entre passé et présent et réfléchir, avec virtuosité, à ce qu’est un héros et à la réalité de cet héroïsme. Et il met ainsi en évidence progressivement, l’écart, même sincère, entre la substance et l’image : René Gagnon reconnaît qu’il a beau être sur la photo, il n’a pas tiré un coup de feu ni pris de risque. A contrario, John Bradley, beaucoup plus héroïque, a été désigné comme étant sur la photo alors qu’il n’y était pas. Mais il faisait en revanche partie des marines qui ont planté le premier drapeau, dans des conditions beaucoup plus risquées.
On le voit, les choses ne sont pas simples et la réalité elle-même est trompeuse.

Les séquences de guerre proprement dites, avec le débarquement sur l’île et les combats féroces qui s’engagent, sont éblouissantes et renvoient à la célèbre séquence du débarquement de Il faut sauver le soldat Ryan mais de façon plus complexe : la séquence est morcelée et montrée en plusieurs fois. C’est qu’il ne s’agit pas pour Eastwood, comme l’avait fait Spielberg dans son film, de construire une séquence sur laquelle s’appuiera tout le film, mais de suivre à la fois la manière dont la grande Histoire se fait (celle qui mène à la légende des marines plantant le drapeau) et la manière dont les soldats vivent l’évènement qui leur reviendra sans cesse en mémoire.


Eastwood, en revanche, déçoit beaucoup avec le film miroir qu’il tourne en même temps et qui sort dans la foulée – Lettres d’Iwo Jima – : bien loin d’être un contre-champ japonais à la vision américaine, il rate un peu son but et ne dialogue guère avec Mémoires de nos pères.

 




mercredi 3 mai 2023

Le Flambeur (The Gambler de K. Reisz, 1974)

 



Magnifique film de Karel Reisz, centré sur un personnage de looser toujours sur la corde raide, au regard sans cesse perdu au loin, et qui cherche à capter la substance électrique du monde (« le jus de la vie ») au travers de ses paris sans cesse plus risqués et insensés. Pour Axel Freed seul compte le pari en lui-même, la perte d’argent en soi n’ayant aucune importance (par exemple le pari contre de jeunes basketteurs des rues où il risque vingt dollars en ne pouvant empocher que dix pence). Et c’est l’incertitude et la remise en cause totale et incessante qui l’accaparent.
Mais ce joueur compulsif dostoïevskien (le film peut d’ailleurs être vu comme une adaptation du roman de Dostoïevski) est aussi, dans sa face respectable, professeur de littérature et il entreprend ses élèves sur Shakespeare ou Dostoïevski justement. Sa tirade sur le « 2 + 2 = 5 » est à ce titre évocateur de sa certitude de gagner, certitude qui va à l’encontre de toute raison. Il ressent, au cœur de ses paris fous, des instants d’équilibre où il sait qu’il va gagner.
James Caan, magnétique, promène sa grande carcasse dans une New York très bien filmée, entre night-clubs et bars poisseux, où l’on croise de riches juifs, des bookmakers louches ou des hommes de main violents.
Et, bien sûr, peu à peu, Axel se désagrège, les fils de sa vie se rompent et tous ses paris mènent à une autodestruction assumée et recherchée, jusqu’aux séquences finales, qui ne laissent guère d’espoir.
Bien sûr – c’est là le propre, sans doute, de la fiction – Reisz emmène son personnage très loin et l’on se demande un peu comment il a pu survivre jusqu’ici à coup de paris et de mises toujours plus importantes. Mais cette trajectoire, très typique du Nouvel Hollywood, rejoint – en moins planante et moins directe mais tout aussi suicidaire – celle de Kowalski de Vanishing Point et de tant d’autres antihéros dont la vie se résume à avancer toujours plus vite sur une corde raide tendue en travers d’un ravin.
Plus encore que dans le remake insipide de Rupert Wyatt, c’est le personnage d’Howard Ratner dans le très bon Uncut Gems des frères Safdie qui renvoie à Axel Freed et à sa frénésie destructrice.

 


vendredi 28 avril 2023

Pour Bresson, le cinéma se rapproche de la musique



Une proposition intéressante de Robert Bresson, pour qui le cinéma se rapproche davantage de la musique que de la peinture :

« La cinématographie est une écriture en mouvement avec des images et des sons. Si l'on tient à trouver une analogie, il faut chercher du côté de la musique et non du côté de la peinture car on aboutirait à la carte postale. »

 


 

mercredi 26 avril 2023

Milliardaire pour un jour (Pocketful of miracles de F. Capra, 1961)

 



Ce dernier film de Frank Capra est un remake de Grande Dame d’un jour, mais en plus long et avec davantage de moyens qui envahissent l’écran (le casting, les studios, les décors, etc). Milliardaire pour un jour, comédie volontiers burlesque, est empli de bons sentiments où même les gangsters n’en sont pas vraiment : Glenn Ford en bootlegger dandy apporte son charme particulier sans qu’aucune mauvaise onde ne traverse le film. Mais l'histoire, sans être désagréable, n’est guère prenante et l'on suit sans réellement se passionner les aventures de cette clocharde autour de laquelle on s’agite.
On notera néanmoins le rôle de Peter Falk – alors habitué aux seconds rôles – dont le personnage, par son look, annonce Columbo, alors que la fameuse série ne débutera que quelques sept années plus tard. Bien sûr le personnage n’a rien d’un lieutenant de police, mais, avec le même imper, le même chapeau et la même façon de tenir son cigare en se grattant la tête, toute la dégaine de Columbo est déjà là.





lundi 24 avril 2023

Créance de sang (Blood Work de C. Eastwood, 2002)





Polar très (trop) conventionnel de Clint Eastwood. Le film cherche à tisser des liens étroits entre le meurtrier, la victime et le flic, mais, malgré de bonnes idées et de bonnes séquences, l’ensemble n’est guère convaincant. Non seulement ces relations entre personnages semblent trop forcées mais ni l’ambiance, ni le rythme, ni une humeur particulière – autant d’éléments que, dans d’autres films Eastwood utilise à merveille – ne capte particulièrement.
Créance de sang
reste un petit film d’Eastwood : Mystic River, son film suivant qui joue lui aussi de liens complexes d’amitiés entre meurtriers, flics et victimes, lui est très supérieur.



samedi 22 avril 2023

Le Corbeau (The Raven de R. Corman, 1963)

 



Dans la série de ses adaptations de Edgar Allan Poe, Roger Corman surprend avec cet opus qui est beaucoup plus comique que les autres et qui, en réalité, ne se relie à l’auteur américain que par la première séquence – celle de l’arrivée du corbeau – où le poème à l’origine du film est quelque peu mis en image. Le reste du film – que l’on peut résumer à un duel entre magiciens dans l’ambiance typique des adaptations de Poe par Corman – est quant à lui détaché de toute référence à Poe.

La distribution est admirable (Vincent Price, Boris Karloff, Peter Lorre et même, pour l’anecdote – car rien dans son jeu ne laisse présager l’immense acteur qu’il sera –, Jack Nicholson) mais elle tourne un peu à vide. Tout ce petit monde cabotine, il n’y a que Karloff qui est très au-dessus des autres en campant remarquablement Scarabus.

Mais l’on s’amuse des matte-painting grossiers, des effets spéciaux incongrus qui renvoient à la science-fiction et, finalement, de ce ton de comédie qui incite à l’indulgence.

 



jeudi 20 avril 2023

Le Vent se lève (Kaze tachinu de H. Myiazaki, 2013)





Très beau film de Hayao Miyazaki, avec une teneur plus personnelle et intime que ses réalisations précédentes. Il y a beaucoup de ses propres rêves dans ceux de Horikoshi.
On retrouve, bien sûr, toute la poésie douce du réalisateur japonais. Il parvient d’ailleurs à éviter (autant que faire se peut) les jeux de guerre, alors que le film s’appuie sur la biographie de l’ingénieur qui va bientôt concevoir les terribles chasseurs Zéro de la seconde guerre mondiale. Miyazaki, alors, fidèle à son regard et à son esthétique filme avec douceur et onirisme cette histoire, abandonnant les contes fantastiques (Nausicaä, Chihiro, etc.) pour se tourner vers l’enfance et la réalisation de ses rêves.

 




mardi 18 avril 2023

Mad God (P. Tippett, 2021)

 



Dans cet OVNI cinématographique, Phil Tippett – célèbre directeur d’effets visuels – après trente années de travail minutieux (et en pointillés, rassurons-nous, puisqu’il n’a avancé sa réalisation que petit à petit), propose un film à la fois cohérent et délirant. Cohérent par cette ambiance incroyable qu’il a créée, avec un enchevêtrement improbable de personnages, de monstres et de décors ; et délirant par ces visions cauchemardesques qui se succèdent au fur et à mesure de l’exploration incertaine du personnage, comme si Mad Max avait quitté la rectitude de la route pour s’enfoncer dans l’enchevêtrement d’une ville engloutie dans un labyrinthe de ferraille.
Tourné essentiellement (mais pas seulement) en stop motion, le film impressionne, aussi bien dans ses jeux d’animation que dans la multiplicité des couches de décors qui semblent s’étendre à l’infini.

Fort de plusieurs scènes franchement gore dans un ensemble volontiers horrifique, Mad God, avec son imagination débordante, construit une esthétique, qui emprunte à la première guerre mondiale (le masque à gaz du personnage en mission) autant qu’à de multiples films (du savant fou de Frankenstein au bébé monstrueux façon Erasearhead).


Il est dommage que le scénario ne propose pas une histoire qui se tienne quelque peu, puisque l’on a bien du mal à rabouter les unes aux autres ces différentes séquences.

Il reste une plongée – autant pour le spectateur que pour le personnage principal – dans les entrailles inouïes d’un univers urbain post-apocalyptique et cauchemardesque.

 



vendredi 14 avril 2023

Fumer fait tousser (Q. Dupieux, 2022)

 



Continuant de travailler sur des scénarios parodiques et absurdes, Quentin Dupieux ne se recycle guère avec Fumer fait tousser, mais il reste fidèle à ses habitudes : quelques très bonnes séquences et très bonnes réparties alternent avec des moments plus convenus ou moins emballants.
Sa parodie des super-héros à la Power Rangers est bien vue et le narcissisme bas du front des personnages provoque un contraste très drôle. Le film est servi par des acteurs impeccables et, même s’il ne mène pas bien loin (c’est là un reproche fréquent que l’on peut adresser à Dupieux), le film se laisse regarder sans déplaisir, pour peu que l’on adhère à l'univers et au ton particuliers du réalisateur.


 

mercredi 12 avril 2023

Sully (C. Eastwood, 2016)

 



Avec Sully, Clint Eastwood continue de travailler la figure du héros, ici le héros humble, image de celui qui ne fait que son devoir et se défend de tout héroïsme. On comprend que l’exemple de ce pilote qui est parvenu à un amerrissage d’urgence – au mépris de toutes les procédures et en suivant son instinct de pilote expérimenté – l’ait inspiré. Il est le prototype de ce héros désigné par des circonstances, loin du policier ou du soldat dont la vocation est de sauver les uns ou les autres. On sait qu’Eastwood aime ce genre de personnage (que l’on retrouve dans Le Cas Richard Jewell ou dans Le 15h17 pour Paris) qui lui permet de discuter ce qu’est un héros. En conclusion, comme souvent, Eastwood s’en remet à des images d’archives, dont la signification est claire : est un héros celui qui est désigné comme tel.
La construction du film suit les habitudes d’Eastwood, qui aime mélanger les nappes du temps entre le présent (la commission d’enquête), le passé récent (l’accident qui vient d’avoir lieu) ou des souvenirs plus anciens (Sully qui se remémore son passé de pilote de chasse). On ne dira jamais assez combien le montage des séquences, chez Eastwood, lui permet d’équilibrer ses films et de leur donner une harmonie étonnante qui trouve peu d’équivalents chez d’autres réalisateurs.

Tom Hanks est très bien dans un rôle qui n’est pas difficile mais dont la tranquille sobriété est nécessaire.

 

lundi 10 avril 2023

La Malédiction d'Arkham (The Haunted Palace de R. Corman, 1963)

 



Cette sixième adaptation de Poe par Roger Corman (même si les sources du film sont multiples, en allant chercher notamment du côté de Lovecraft) est dans la lignée des précédentes : Corman construit une ambiance surnaturelle et riche en évocations, mais en se gardant bien de trancher, in fine, sur la réalité des sortilèges et autres malédictions qui traversent le temps.
Misant beaucoup sur les décors, les jeux de brouillards et sur son château aux pièces cachées et aux oubliettes effrayantes, La Malédiction d’Arkham est un exemple parfait de fantastique à l’écran, fantastique dans la lignée littéraire du XIXème siècle, tout en suggestions. Il met aussi en scène, par deux fois, l’effrayante meute de villageois, armés de fourches et de torches, venus incendier et tuer, motif directement issu du Frankenstein de Whale.
Et Corman continue de s’appuyer sur le grand Vincent Price, épaulé ici par de solides acteurs de seconds rôles (Lon Chaney Jr., Elisha Cook Jr.).




vendredi 7 avril 2023

Tarkovski : l'artiste et l'œuvre



La création d'une
œuvre selon Andrei Tarkovski :

« C'est une erreur de dire qu'un artiste « cherche » son sujet. Celui-ci mûrit en lui, comme la gestation d'un enfant jusqu'à l'accouchement. L'artiste n'est pas le maître, mais le serviteur d'une situation. La création est pour lui la seule forme d'existence possible. Chacune de ses œuvres est en lui comme une poussée irrésistible. »

 



mercredi 5 avril 2023

Les Évadés de l'espace (Uchu kara no messeji de K. Fukasaku, 1978)

 



Star Wars kitsh à la sauce japonaise, Les Évadés de l’espace, aujourd’hui, ne peut guère se regarder qu’avec une grosse dose de second degré, le mieux étant d’être entre amis, une bière à la main.
Kinji Fukasaku, qui abandonne ses habituels films de yakuzas, s'en donne à cœur joie : il mélange les habitudes de science-fiction du cinéma japonais (féru de space opera) et l'esthétique de Tokusatsu avec mille inspirations du film de George Lucas. Et, dans ce curieux mélange, aussi bien les personnages, les décors que les trucages concourent à donner une version caricaturale, bouffonne et drolatique malgré elle du blockbuster américain. On retrouve ainsi, entre deux attaques de vaisseaux (le film est très rythmé), autour d’un Darth Vader à la sauce nippone, des versions étranges, quelque peu ratées (et, par là même, très drôles) de Léïa, Han Solo ou R2D2.
Mais Les Évadés de l’espace, s'ils sont un pastiche de Star Wars, procèdent d'un aller-retour amusant puisque l'on sait combien le film américain est inspiré de Kurosawa (s'appuyant sur La Forteresse cachée notamment).
Le film étant sorti au Japon avant celui de Lucas (c'était bien là le but des producteurs que de couper l'herbe sous le pied aux américains), il fit un carton au box-office. A tel point qu’il fut largement à l’origine de la série à succès San Ku Kaï.




lundi 3 avril 2023

Big Fish (T. Burton, 2003)

 



S’éloignant de son imagerie si caractéristique (celle de Sleepy Hollow notamment, mais déjà perdue dans La Planète des singes), Tim Burton retrouve son goût de conteur dans Big Fish. Il y met en œuvre sa maîtrise des richesses grammaticales du cinéma pour nous emporter, de séquences en séquences, dans les histoires étranges de Ed Bloom. Personnage étonnant, qui entremêle sans cesse la réalité et la fantasmagorie, l’exagération et l’anecdote réelle, pour le plus grand délice du spectateur.
Sans beaucoup d’artifices, avec un grand talent de narrateur, Burton s’amuse. On retrouve ses goûts enfantins, mais appliqués à un monde adulte qui ne se prend pas au sérieux et qui préfère rêver. On pense à Proust quand il nous dit qu’« il vaut mieux rêver sa vie que la vivre, encore que la vivre, ce soit encore la rêver ».
Et c’est, dans Big Fish, tout ce qui reste de l’enfant dans l’adulte qui cherche coûte que coûte à s’exprimer, pour s’écarter du chemin et conquérir le monde de l’imaginaire.