vendredi 5 avril 2024

Le Fil du rasoir (The Razor’s Edge de E. Goulding, 1946)





Cette chronique d'Edmund Goulding est inégale même si elle réserve un personnage intéressant (Larry, campé par Tyron Power qui passe très bien) et recèle plusieurs séquences remarquables. L’intéressante évolution de Larry – son trajet de vie si l’on veut – vient se fracasser contre les sentiments des unes ou les ambitions des autres. On notera aussi la belle distribution, avec en particulier le toujours délicieux Herbert Marshall en Somerset Maugham, à la fois témoin et narrateur de l'histoire.
Malheureusement l’ensemble est trop emprunté et un peu terne. Et Goulding manque de finesse : il sera plus à l’aise, toujours avec Tyrone Power, dans le très bon Charlatan qu’il réalisera dans la foulée.




jeudi 4 avril 2024

Pluie d'enfer (Hard Rain de M. Salomon, 1998)

 



À mi-chemin entre le film de braquage et le film catastrophe, Pluie d’enfer apparaît pourtant très conventionnel et déçoit quelque peu. L’intrigue se résume à une course-poursuite au milieu des eaux qui montent et où les uns et les autres se tirent dessus dans tous les sens, comme une longue scène d’action presqu’ininterrompue.
Et comme le spectateur n’est pas habitué à voir Morgan Freeman en bad guy, le scénario y pourvoit : son personnage glisse peu à peu du bon côté, laissant le rôle de méchants aux rednecks locaux. Mais ce scénario peu crédible (sans parler même du dénouement) est bien peu convaincant.



mardi 2 avril 2024

Les Fantômes du chapelier (C. Chabrol, 1982)

 



Dans ce film très chabrolien, Michel Serrault s’en donne à cœur joie avec cette ironie qu’il sait distiller d’une intonation ou d’un mouvement de sourcil. Son personnage de monsieur Labbé, froid (glaçant même) et hautain joue avec cette distance que l’acteur aime glisser dans ses personnages.
On retrouve la charge habituelle de Claude Chabrol contre les bourgeois (qui se rassemblent autour d’un bridge l’après-midi) dans cette adaptation de Simenon, auteur qui lui va comme un gant. C’est que décrire ces petits notables empêtrés dans une affaire d’étrangleur, cela amuse beaucoup Chabrol. L’atmosphère, les ruelles pavées, jusqu’à la boutique du chapelier, tout construit cette ambiance très typique des films du réalisateur. Le film, néanmoins, semble comme un polar vidé d'une partie de sa substance, le terme « fantômes » du titre renvoyant aussi au film lui-même : il ne reste du film policier que son amorce (un étrangleur sévit dans les rues) et son enveloppe mais c'est à peu près tout.
On s’amusera des repas seuls que fait sans cesse Labbé, soit en tête à tête avec le mannequin qui lui tient lieu de femme (où il monologue alors, comme si sa femme était encore devant lui), soit, réellement seul, au restaurant, après qu’il a tué la bonne (et que donc, elle n’est plus là pour lui faire à manger, ce qu’il constate un peu embêté). On reconnaît là le goût du repas chabrolien, moment de vérité et de révélation. Toute la personnalité de Labbé est résumée dans ces repas.
Charles Aznavour, en petit tailleur écrasé par son voisin est remarquable et les « Kachoudas ! » rieurs d’un Serrault narquois sont mémorables.

 




samedi 30 mars 2024

Le Prix du danger (Y. Boisset, 1983)

 



Anticipant les délires de la téléréalité et poussant, comme il se doit, le curseur un cran plus loin, Yves Boisset tire à boulets rouges sur le spectacle télévisuel dans tout ce qu’il a de cynique et aussi sur les foules avides qui cautionnent ce sinistre show.
Si ce n’est la destinée meurtrière du jeu on retrouve des équivalents récents qui rendent le jeu télévisé du film tout à fait crédible.
Mais il est bien dommage que Boisset avance toujours avec de gros sabots : ses personnages sont très caricaturaux et la dénonciation, très lourde, quand bien même elle peut être assez juste, a peu de portée.
L’idée force du Prix du danger évoque de nombreux films, notamment américains, en particulier Network qui montrait déjà toute la dimension outrancière et jusqu’au-boutiste du spectacle télévisuel ou encore Rollerball, dont le jeu destiné à captiver les foules dérive jusqu’au sang ou même La Course à la mort de l’an 2000, qui joue aussi de l’avidité du public pour le sang au travers de puissants relais médiatiques.

 



jeudi 28 mars 2024

Né pour vaincre (Born to Win d'I. Passer, 1971)

 



Born to Win suit les frasques d’un junkie qui cherche à se sortir des magouilles et des mauvais plans dans lesquels il replonge sans cesse. Ivan Passer s’appuie sur le charisme de George Segal, dont le personnage, beau parleur et plein d’espoir, deale, vole des voitures, fait des rencontres (Karen Black) ou craque devant les flics.
Très typé Nouvel Hollywood (par le thème, le ton, le style), Born to Win est un bel exemple de ce que Hollywood, déplaçant l’axe de sa caméra, se met à filmer, dans les années 70 et qui restait obstinément hors-champ dans le cinéma classique américain. L’envers du décor de New-York est donc montré, avec ses rues sales, ses impasses sordides, ses bars glauques, ses appartements défraîchis. La fin très noire, entre impasse et tragédie, participe de ce regard nouveau et sans aucune concession.
J. J. pourrait croiser dans la rue ou dans les bars Billy et Ernie de Fat City, Cooper de The Nickel Ride, Bobby Dupea de Cinq pièces faciles ou bien sûr Travis Bickle de Taxi Driver et tant d’autres personnages antihéros, un peu paumés et un peu marginaux qui tournent en rond en cherchant à s’en sortir.
On notera l’un des premiers rôles de Robert de Niro, dans un petit rôle de flic, juste avant que Coppola et son ami Scorsese ne lui offrent des rôles qui le mettent sur orbite.




mardi 26 mars 2024

Or noir (Black Gold – Day of the Falcon de J.- J. Annaud, 2011)

 



Film à la trame assez classique, ce qui n’est finalement pas si fréquent chez Jean-Jacques Annaud, dont le seul défi a été de reconstituer à l’image le désert d’Arabie des années 30.
Si le film est bien construit, il reste assez conventionnel, avec le fils savant qui apparaît comme un tacticien hors-pair puis, tel Laurence d’Arabie, le voilà qui galvanise bientôt ses hommes, regroupe des tributs et humilie les troupes de l’émir Nessib.
Sans démériter et fournissant son lot d’exotisme, Or noir reste cependant un film mineur de Annaud, loin de ses films les plus originaux.


lundi 25 mars 2024

On l'appelle Trinita (Lo chiamavano Trinità... de E. Barboni, 1970)





Ce western spaghetti tout à fait quelconque – et même assez pénible à suivre – a pourtant, de par son énorme succès, engendré toute une série de films aussi pénibles les uns que les autres.
En ne se contentant plus de l’humour et du second degré inhérents au genre (humour souvent traité par la mise en scène, le montage ou quelques réparties), mais en dérivant carrément vers la farce et le burlesque, On l’appelle Trinita emmène le western spaghetti vers la parodie. Les scènes classiques du genre sont ainsi détournées (on ne se bat plus avec des colts mais à coups de poings ; la virtuosité de Trinita avec son colt confine au surnaturel) mais, le western spaghetti étant déjà un second degré par rapport au western matriciel américain, il s’agit ici d’un troisième degré, bien fatigant à suivre et immédiatement lassant.
Le film lance le fameux duo Terence Hill et Bud Spencer dont le succès sera bientôt colossal mais qui va cantonner le genre au cinéma d’exploitation.
Alors, fort de son grand succès, ce filon de la parodie (on parle à son propos de « westerns fayots », notamment en référence à la première séquence du film) sera exploité jusqu’à l’épuisement et participera largement à l’enterrement du genre, quelques dix ans plus tard.