samedi 7 octobre 2023

Réveil dans la terreur (Wake in Fright de T. Kotcheff, 1971)





Très australien dans ses motifs – pays vide et désertique, chasse aux kangourous, bleds paumés emplis de gens tout aussi perdus où l’éloignement fige les vies – Réveil dans la terreur est aussi très typique des années 70 par son image, ses personnages et son regard désabusé.
Malgré un rythme inégal, le film tisse assez bien la plongée de cet instituteur qui veut partir en vacances et se fait attraper en chemin par des lieux de perdition : jeux, alcool, mauvaises fréquentations. Sa descente aux enfers est bien filmée, notamment parce qu’elle est plus retranscrite par cette ambiance qui salit tout et bride tout espoir plutôt que par le jeu du scénario lui-même.
Gary Bond est convaincant dans le rôle principal, bien épaulé par de bons seconds rôles, notamment Donald Pleasance, visqueux, indéchiffrable et dégoulinant à souhait.


jeudi 5 octobre 2023

L'Aile ou la cuisse (C. Zidi, 1976)

 



Profitant de la gloire de Louis de Funès, Claude Zidi ne se pose pas de question : il réserve le cadre à sa star qui est de tous les plans et lui laisse libre cours pour déverser sa force de frappe visuelle et comique. Mais le film est très décevant : le talent comique de de Funès est gâché, le film est le plus souvent navrant.
Il faut dire que le scénario est idiot et les personnages (en particulier celui du fils, joué par Coluche) le sont tout autant. Il n’y a que de Funès pour surnager quelque peu par son jeu exubérant. Il y avait pourtant quelque chose à dire du sujet de la gastronomie et de la malbouffe, mais le scénariste se borne à créer des situations pour mettre en avant la star.
L’Aile ou la cuisse est ainsi un bon représentant de ces films faits en série pour profiter de de Funès sans chercher plus loin qu’un carton au box-office. Sur ce plan-là – et c’est bien le seul – le film atteint son objectif avec plus de cinq millions de spectateurs…

 


mercredi 4 octobre 2023

La Petite (Pretty Baby de L. Malle, 1978)

 



Louis Malle retranscrit parfaitement l’ambiance de ce bordel du début du XXème siècle de la Nouvelle-Orléans, jouant des lieux et de cette atmosphère particulière de cette grande maison où tant de gens se croisent, se retrouvent et se vendent. La cruauté de ce monde n’est pas énoncée directement mais elle est montrée à travers l’itinéraire de la petite Violet, fille de prostituée et bientôt prostituée à son tour.
Le film révèle la jeune Brooke Shields, très à l’aise, qui évoque bien sûr Tatum O’Neal dans La Barbe à papa, en reprenant cette même façon de jouer à la femme adulte du haut de ses douze ans. Son intrication au milieu des prostituées et des différents clients est très réussie.
Mais, bien sûr, La Petite va beaucoup plus loin que La Barbe à papa, puisque Violet devient rapidement elle-même une prostituée, en même temps que l’égérie du photographe. Louis Malle n’hésite pas et l’on voit la mise aux enchères de la défloration de Violet avant de la filmer nue, plein cadre, posant sur un canapé, la saisissant comme la saisit le photographe. On comprend que, quand bien même l’on est à la fin des années 70, le film ait fait scandale et que des coupes aient été imposées.

 



lundi 2 octobre 2023

Meurtre sous contrat (Murder by Contract de I. Lerner, 1958)





Il est bien dommage, dans cet habile film de série B, que le réalisateur perde un peu le fil de son histoire. Alors qu’il était parti pour composer un récit sec, efficace et au rythme enlevé, le film s’affaisse brutalement dans sa seconde partie, à partir du moment où Claude tourne en rond pour parvenir à exécuter son contrat. Lui, imperturbable et si malin, devient désemparé, revient sur ses principes (achat d’une arme) et tergiverse.
Qu’il joue de malchance est une belle idée, mais qu’il s’effondre tranche trop avec le personnage. Et puis le rythme plus lent casse la belle dynamique.

Cela dit, Meurtre sous contrat, dans son originalité et dans sa fraicheur est assez réussi et l’on comprend que le jeune Scorsese ait pu en dégager des idées, une manière de voir les choses, une façon de jouer avec le genre, notamment en tirant parti de cette idée d’un tueur étranger au monde des truands.

 



vendredi 29 septembre 2023

Equalizer 3 (The Equalizer 3 de A. Fqua)

 



On ne change pas une équipe qui gagne, se disent les producteurs. Industriellement parlant, ils auraient tort. Dans cette optique, le studio de cinéma devient alors un fast-food qui applique strictement la même recette avec les mêmes ingrédients. Et le film devient une série. Chacun est à sa place, depuis les étapes du scénario et la manière de filmer habituelle jusqu’au dénouement final, avec les gentils innocents, les méchants impitoyables et, au milieu, en justicier, Denzel Washington, qui redresse tous les torts. On remarquera que, de la même façon que les McDonald’s déclinent leurs hamburgers en différentes versions, ici l’intrigue est déplacée en Italie, histoire de changer la sauce et de faire croire à un peu d’exotisme.
On notera aussi que McCall, le redresseur de torts, se vit en justicier défenseur de la veuve et de l’orphelin empli de morale. On se souvient que cette question du flic justicier était déjà au cœur de L’Inspecteur Harry. Et, dès Magum Force, le film suivant, Don Siegel et Clint Eastwood avaient tordu le cou à cette tentation du justicier. Las, avec ses films calibrés et ses méchants très méchants, la série de Antoine Fuqua ne s’embarrasse pas de toutes ces questions.

 




mercredi 27 septembre 2023

Insiang (L. Brocka, 1976)

 



Magnifique film de Lino Brocka qui plonge dans les bidonvilles de Manille dont il  saisit avec sa caméra la violence terrible.
Insiang, qui se bat, cherche à surnager dans cet environnement qui écrase tout, affronte sa mère et ses réprimandes. Mais quoi qu’elle fasse, malgré sa confession finale, elle finit seule, sans retrouver cette mère perdue à jamais.

On tient là un film puissant et dérangeant, avec une façon de parcourir le bidonville par la caméra qui saisit sur le vif et à chaque instant, la pauvreté, la promiscuité ou les rapports sociaux éreintants. Tout cela est exprimé jusqu’à son paroxysme par cette relation d’amour et de haine entre la mère et sa fille, qui sont séparées plus encore par cet amant violeur autour duquel le drame se noue.

 



lundi 25 septembre 2023

Vatel (R. Joffé, 2000)

 



Si le film cherche à recréer l’ambiance de fêtes gigantesques et très abouties de François Vatel au service du Grand Condé – fêtes destinées à éblouir Louis XIV et sa cour –, l’on reste assez peu emporté par cette débauche de décors alambiqués et ces allers-retours entre les dorures de la cour et l’agitation des offices. Il y avait là pourtant un motif central à travailler, cœur de bien des films (à commencer par La Règle du jeu, matriciel entre tous). Surtout que Vatel lui-même, qui tout à la fois, se soucie du moindre commis et a l’oreille du prince de Condé, établit une liaison entre ces deux mondes qui ne se croisent pas. Mais Roland Joffé ne sait trop comment travailler ces deux mondes et l’ensemble apparaît bien superficiel. On comprend simplement que les petites gens des offices se sacrifient pour le bon plaisir de ducs et de marquis suffisants, intrigants et bien peu conscients des sacrifices qu’impose leur vie luxueuse.
Gérard Depardieu fait le boulot sans trop forcer, semblant peu inspiré par ce personnage qui, pourtant, pourrait l’inspirer. Il a bien du mal à montrer autre chose qu’un personnage affairé et coincé par ses obligations. Son petit jeu de séduction avec Anne de Montausier apparaît assez vain et parvient mal à s’insérer dans le propos du film.
La fin dramatique du personnage apparait très outrancière, arrivant soudainement et presque à brule-pourpoint, mais elle nous rappelle que, décidément, le vrai peut ne pas être vraisemblable.

 




samedi 23 septembre 2023

La Cible humaine (The Gunfighter de H. King, 1950)





Intéressant western en ce qu’il met en scène de façon assez outrancière mais voulue le personnage du gunfighter qui dégaine plus vite que son ombre. On nous le dit dès le prologue : pour ce qui est de dégainer, Ringo est le plus rapide. Dès lors, le film montre combien ce stéréotype coince le personnage : il n’est plus possible, pour Ringo, d’échapper à son image. Il est sans cesse provoqué en duel, tout le monde le reconnaît, le craint ou le maudit. Il est condamné à filer de ville en ville, sans pouvoir s’arrêter. Pourtant Ringo a vieilli, il ne veut plus de ces duels et de cette sinistre célébrité.
On peut voir dans William Munny, le héros terrible de l’Impitoyable d’Eastwood, un Ringo qui aurait réussi sa transition (avant de rebasculer). On remarque que, comme souvent dans les westerns, la place de la femme est centrale : seule une femme peut rendre possible cette transition de desperado en homme honorable. C’est ce qu’avait trouvé William Munny, c’est ce qu’espère Ringo, pour tourner la page et se fixer.
Mais le film a le bon goût d’assumer les codes du western : le stéréotype aura la peau de Ringo. Il ne peut que mourir en desperado (dans le dos qui plus est) sans devenir un homme honorable, entouré de la femme qu’il aime, à élever son fils dans un petit ranch. En 1950 le western ne permet pas encore à ses personnages d’évoluer trop franchement : un homme de l’horizon ne peut devenir un homme de la terre. Il faudra attendre quelques années encore, que les frontières deviennent floues entre tous ces personnages. Mais Henry King exploite parfaitement son personnage, lui donnant une épaisseur psychologique que le stéréotype avait jusqu’alors laissée de côté. Et Gregory Peck saisit tout à fait qui est ce Ringo complexe, antihéros qui veut passer à autre chose mais qui n’y parvient pas.



mardi 19 septembre 2023

Un tramway nommé Désir (A Streecar Named Desire de E. Kazan, 1951)





Film au parfum de scandale et au succès immédiat, Un Tramway nommé Désir est un gros pavé de modernité jeté dans le Hollywood ronronnant des années cinquante. Cette adaptation de la pièce de Tennessee Williams respire la provocation, avec son immoralité, sa violence, sa décadence. Il fallut d’ailleurs adapter la pièce pour en enlever quelques traits qui ne pouvaient être tolérés dans un film (l’homosexualité du mari de Blanche, le viol final qui n’est que suggéré) et rajouter une morale acceptable (Stella qui part, punissant ainsi Stanley, ce qui n’avait pas lieu dans la pièce). Les censeurs imposeront malgré tout quelques coupures, le code Hays s’affolant devant un tel film.
Si, à la sortie du film, Vivien Leigh est la seule star (et sa présence renvoie très habilement, dans l’imaginaire du spectateur, à une Scarlett O’Hara déclassée), c’est bien sûr l’explosion en plein cadre de Marlon Brando qui est le cœur du film. Hollywood, avec sa retenue, ses codes, son cadre moral, son héritage théâtral semble tout à coup complètement dépassé par ce jeu violent, incroyablement franc, pulsionnel, concentré de testostérone sans retenue. On retrouvera, au féminin, la même déflagration cinq ans plus tard avec B. B. dans Et Dieu… créa la femme.
L’exhibition de la plastique de Brando joue autant que son expression en elle-même : le jeu d’acteur entre dans une ère nouvelle (celle de l’Actor’s Studio, dont Brando est la figure de proue) et l’acteur devient aussitôt la référence absolue des jeunes James Dean, Jack Nicholson, Robert De Niro et autres Al Pacino. Le jeu plus superficiel et surfait du passé (celui de Cary Grant, Humphrey Bogart et autre Kirk Douglas) prend aussitôt un coup de vieux.

Mais il faut dire que le film, du fait de la performance de Brando, détourne l’attention du sujet principal de Tennessee Williams, à savoir la trajectoire de Blanche, femme qui se perd et devient folle. Déclassée et perdue, Blanche semble incarner un combat entre un ça pulsionnel et volontiers nymphomane et un surmoi de raffinement et de préciosité. Cette oscillation débouche sur une schizophrénie qui l’étreint peu à peu. Et c’est le coup final du viol par Stanley, mâle alpha brut et pulsionnel, qui la font basculer définitivement dans la folie.
Derrière Vivien Leigh et Brando, les seconds rôles sont très bien tenus, avec notamment le très grand Karl Malden, l’un des meilleurs acteurs de seconds rôles d’Hollywood.
Et Elia Kazan transpose l'humeur de la pièce à l’écran, captant parfaitement l’antagonisme entre ses personnages, et il parvient à recréer – dans cet appartement aux pièces contiguës et à l’ambiance moite – un cadre où se développent la tension, les mensonges, l’attirance et la haine.



lundi 18 septembre 2023

Pacifiction (A. Serra, 2022)

 



Étonnant film où tout n’est question que de sensations, d’attention aux choses, aux éléments, aux indices que De Roller tente de saisir. Pendant toute la durée du film, on sent bien que l’on reste dans l’étrange moment de calme avant la tempête, juste avant que les évènements ne se déclenchent, lorsque tout est suspendu. Le film a pu surprendre et déranger : en plus de deux heures trente, il ne se passe, à proprement parler, rien de décisif, il n’y a que quelques indices épars qui sont disséminés.
Benoît Magimel est magistral : il trouve un ton parfaitement juste dans un rôle compliqué, puisque son personnage oscille sans cesse entre la politique et les relations humaines, jouant d’amitié, de services et d’arrangements, cherchant à comprendre ce qui se trame, à saisir la sincérité ou l’insincérité des uns ou des autres.

Albert Serra, qui montre une grande sensibilité à la douceur des choses, compose plusieurs séquences très belles pour évoquer le battement profond de l’île. Il sait opposer la frénésie de la boîte de nuit avec le lent mouvement des vagues, ou encore les rayons de soleil qui se reflètent et éclatent à l’écran avec la nuit noire et silencieuse dans laquelle une lueur survient.




vendredi 15 septembre 2023

Still Walking (Aruitemo aruitemo de H. Kore-eda, 2008)

 



Hirokazu Kore-eda filme avec délicatesse et beaucoup de finesse ce moment d’intimité et de retrouvailles familiales. Comme souvent, sa caméra capte plusieurs personnages et c’est cet ensemble qui constitue peu à peu, sous nos yeux, la famille Yokoyama.
Et, dans cette famille il y a sans cesse une oscillation entre le plaisir de se retrouver et des malaises toujours palpables. C’est que, malgré la bonne volonté, le passé est lourd et il est bien difficile de se retrouver simplement. Chacun a des douleurs que les autres ne peuvent apaiser : le père vieillissant est irrémédiablement déçu par son fils qui n’est pas devenu médecin comme lui, la mère est marquée par le deuil de son fils aîné tout en souffrant d’avoir été écrasée par la personnalité de son mari, le second fils, resté dans l’ombre de son frère, cache son chômage à ses parents pour ne pas les décevoir davantage, etc.
Kore-eda ne juge pas : il expose, comprenant chacun, ne condamnant personne, parce que les choses ne sont pas simples et qu’ainsi va la vie. Il y a du Ozu, bien entendu, dans cette chronique familiale filmée au plus près des individus, en se glissant dans les recoins de la maison pour, bientôt, saisir l’âme de ses personnages.
L’épilogue, néanmoins, montre que les choses avancent, même trop tard (les parents, alors, sont morts), mais que la transmission se fait et que des nœuds, lentement, se dénouent.


 

mercredi 13 septembre 2023

Fighter (The Fighter de D. O. Russell, 2010)

 



S’il n’est pas inintéressant et s’il montre efficacement le parcours de Micky Ward un peu perdu au milieu de sa famille dans et hors des rings, Fighter manque sans doute d’une dimension que l’on pressent par moment mais que le réalisateur laisse trop de côté.
C’est que ce boxeur prometteur qui cherche à s’extirper d’une famille qui le tire en arrière doit d’abord et avant tout affronter son frère aîné, boxeur maudit à la dérive. Et cet affrontement, à un moment seulement, lors d’un banal entraînement, devient purement physique. Et c’est à ce moment que l’on comprend combien la puissance des coups, par cette destruction qu’implique la boxe peut, seule, exprimer le combat entre les deux frères. De même que les boxeurs se cognent dessus à qui mieux-mieux pour ensuite s’enlacer dès le combat terminé, les deux frères boxent, en réalité, l’un contre l’autre durant tout le film. Il aurait fallu filmer ce combat décisif, il aurait fallu les voir se cogner, tant tout se résout, dans la psyché de ces personnages, par le rapport de force à mains nues : la destruction comme la gloire viennent de leurs poings.

Cela dit Fighter est servi par son casting et l’on est même surpris par Mark Wahlberg, d’ordinaire bien fade, dont le jeu très sobre (souvent trop sobre) convient très bien ici pour exprimer le tiraillement qui ne quitte pas son personnage. Christian Bale s’en donne à cœur joie (dans un rôle, où, encore, une fois, il montre sa capacité à se transformer physiquement) et Melissa Leo, qui joue la mère, est remarquable elle aussi dans un rôle pas facile.

 




lundi 11 septembre 2023

Le Cavalier du désert (The Westerner de W. Wyler, 1940)





Western assez faible de William Wyler, qui tourne autour de la personnalité du juge Roy Bean qui, s’il a inspiré plusieurs films, n’a finalement jamais été tellement mis en valeur (Juge et Hors-la-loi de John Huston, par exemple, n’est pas très convaincant non plus). Ici Walter Brennan met son cabotinage jovial au service du juge, et sa personnalité s’oppose à celle, toujours sobre, de Gary Cooper. Mais la sauce ne prend guère : flirtant parfois avec la comédie, le film peine à être crédible. Surtout que, derrière ses allures débonnaires, le juge n’hésite pas à pendre qui s’oppose à lui. Il en résulte un film un peu bancal, qui a du mal à se situer.
Cela dit, il est question d'un combat souvent illustré dans les westerns, combat entre les éleveurs qui font transiter le bétail à travers la plaine et qui s’opposent aux fermiers qui cultivent et dressent des barbelés. On remarque que, d’un film à l’autre, on est tantôt du coté des éleveurs qui font passer leur bétail (comme ici), tantôt du côté des fermiers, comme dans Open Range par exemple, où le shérif mange dans la main du propriétaire terrien.