samedi 23 septembre 2023

La Cible humaine (The Gunfighter de H. King, 1950)





Intéressant western en ce qu’il met en scène de façon assez outrancière mais voulue le personnage du gunfighter qui dégaine plus vite que son ombre. On nous le dit dès le prologue : pour ce qui est de dégainer, Ringo est le plus rapide. Dès lors, le film montre combien ce stéréotype coince le personnage : il n’est plus possible, pour Ringo, d’échapper à son image. Il est sans cesse provoqué en duel, tout le monde le reconnaît, le craint ou le maudit. Il est condamné à filer de ville en ville, sans pouvoir s’arrêter. Pourtant Ringo a vieilli, il ne veut plus de ces duels et de cette sinistre célébrité.
On peut voir dans William Munny, le héros terrible de l’Impitoyable d’Eastwood, un Ringo qui aurait réussi sa transition (avant de rebasculer). On remarque que, comme souvent dans les westerns, la place de la femme est centrale : seule une femme peut rendre possible cette transition de desperado en homme honorable. C’est ce qu’avait trouvé William Munny, c’est ce qu’espère Ringo, pour tourner la page et se fixer.
Mais le film a le bon goût d’assumer les codes du western : le stéréotype aura la peau de Ringo. Il ne peut que mourir en desperado (dans le dos qui plus est) sans devenir un homme honorable, entouré de la femme qu’il aime, à élever son fils dans un petit ranch. En 1950 le western ne permet pas encore à ses personnages d’évoluer trop franchement : un homme de l’horizon ne peut devenir un homme de la terre. Il faudra attendre quelques années encore, que les frontières deviennent floues entre tous ces personnages. Mais Henry King exploite parfaitement son personnage, lui donnant une épaisseur psychologique que le stéréotype avait jusqu’alors laissée de côté. Et Gregory Peck saisit tout à fait qui est ce Ringo complexe, antihéros qui veut passer à autre chose mais qui n’y parvient pas.



mardi 19 septembre 2023

Un tramway nommé Désir (A Streecar Named Desire de E. Kazan, 1951)





Film au parfum de scandale et au succès immédiat, Un Tramway nommé Désir est un gros pavé de modernité jeté dans le Hollywood ronronnant des années cinquante. Cette adaptation de la pièce de Tennessee Williams respire la provocation, avec son immoralité, sa violence, sa décadence. Il fallut d’ailleurs adapter la pièce pour en enlever quelques traits qui ne pouvaient être tolérés dans un film (l’homosexualité du mari de Blanche, le viol final qui n’est que suggéré) et rajouter une morale acceptable (Stella qui part, punissant ainsi Stanley, ce qui n’avait pas lieu dans la pièce). Les censeurs imposeront malgré tout quelques coupures, le code Hays s’affolant devant un tel film.
Si, à la sortie du film, Vivien Leigh est la seule star (et sa présence renvoie très habilement, dans l’imaginaire du spectateur, à une Scarlett O’Hara déclassée), c’est bien sûr l’explosion en plein cadre de Marlon Brando qui est le cœur du film. Hollywood, avec sa retenue, ses codes, son cadre moral, son héritage théâtral semble tout à coup complètement dépassé par ce jeu violent, incroyablement franc, pulsionnel, concentré de testostérone sans retenue. On retrouvera, au féminin, la même déflagration cinq ans plus tard avec B. B. dans Et Dieu… créa la femme.
L’exhibition de la plastique de Brando joue autant que son expression en elle-même : le jeu d’acteur entre dans une ère nouvelle (celle de l’Actor’s Studio, dont Brando est la figure de proue) et l’acteur devient aussitôt la référence absolue des jeunes James Dean, Jack Nicholson, Robert De Niro et autres Al Pacino. Le jeu plus superficiel et surfait du passé (celui de Cary Grant, Humphrey Bogart et autre Kirk Douglas) prend aussitôt un coup de vieux.

Mais il faut dire que le film, du fait de la performance de Brando, détourne l’attention du sujet principal de Tennessee Williams, à savoir la trajectoire de Blanche, femme qui se perd et devient folle. Déclassée et perdue, Blanche semble incarner un combat entre un ça pulsionnel et volontiers nymphomane et un surmoi de raffinement et de préciosité. Cette oscillation débouche sur une schizophrénie qui l’étreint peu à peu. Et c’est le coup final du viol par Stanley, mâle alpha brut et pulsionnel, qui la font basculer définitivement dans la folie.
Derrière Vivien Leigh et Brando, les seconds rôles sont très bien tenus, avec notamment le très grand Karl Malden, l’un des meilleurs acteurs de seconds rôles d’Hollywood.
Et Elia Kazan transpose l'humeur de la pièce à l’écran, captant parfaitement l’antagonisme entre ses personnages, et il parvient à recréer – dans cet appartement aux pièces contiguës et à l’ambiance moite – un cadre où se développent la tension, les mensonges, l’attirance et la haine.



lundi 18 septembre 2023

Pacifiction (A. Serra, 2022)

 



Étonnant film où tout n’est question que de sensations, d’attention aux choses, aux éléments, aux indices que De Roller tente de saisir. Pendant toute la durée du film, on sent bien que l’on reste dans l’étrange moment de calme avant la tempête, juste avant que les évènements ne se déclenchent, lorsque tout est suspendu. Le film a pu surprendre et déranger : en plus de deux heures trente, il ne se passe, à proprement parler, rien de décisif, il n’y a que quelques indices épars qui sont disséminés.
Benoît Magimel est magistral : il trouve un ton parfaitement juste dans un rôle compliqué, puisque son personnage oscille sans cesse entre la politique et les relations humaines, jouant d’amitié, de services et d’arrangements, cherchant à comprendre ce qui se trame, à saisir la sincérité ou l’insincérité des uns ou des autres.

Albert Serra, qui montre une grande sensibilité à la douceur des choses, compose plusieurs séquences très belles pour évoquer le battement profond de l’île. Il sait opposer la frénésie de la boîte de nuit avec le lent mouvement des vagues, ou encore les rayons de soleil qui se reflètent et éclatent à l’écran avec la nuit noire et silencieuse dans laquelle une lueur survient.




vendredi 15 septembre 2023

Still Walking (Aruitemo aruitemo de H. Kore-eda, 2008)

 



Hirokazu Kore-eda filme avec délicatesse et beaucoup de finesse ce moment d’intimité et de retrouvailles familiales. Comme souvent, sa caméra capte plusieurs personnages et c’est cet ensemble qui constitue peu à peu, sous nos yeux, la famille Yokoyama.
Et, dans cette famille il y a sans cesse une oscillation entre le plaisir de se retrouver et des malaises toujours palpables. C’est que, malgré la bonne volonté, le passé est lourd et il est bien difficile de se retrouver simplement. Chacun a des douleurs que les autres ne peuvent apaiser : le père vieillissant est irrémédiablement déçu par son fils qui n’est pas devenu médecin comme lui, la mère est marquée par le deuil de son fils aîné tout en souffrant d’avoir été écrasée par la personnalité de son mari, le second fils, resté dans l’ombre de son frère, cache son chômage à ses parents pour ne pas les décevoir davantage, etc.
Kore-eda ne juge pas : il expose, comprenant chacun, ne condamnant personne, parce que les choses ne sont pas simples et qu’ainsi va la vie. Il y a du Ozu, bien entendu, dans cette chronique familiale filmée au plus près des individus, en se glissant dans les recoins de la maison pour, bientôt, saisir l’âme de ses personnages.
L’épilogue, néanmoins, montre que les choses avancent, même trop tard (les parents, alors, sont morts), mais que la transmission se fait et que des nœuds, lentement, se dénouent.


 

mercredi 13 septembre 2023

Fighter (The Fighter de D. O. Russell, 2010)

 



S’il n’est pas inintéressant et s’il montre efficacement le parcours de Micky Ward un peu perdu au milieu de sa famille dans et hors des rings, Fighter manque sans doute d’une dimension que l’on pressent par moment mais que le réalisateur laisse trop de côté.
C’est que ce boxeur prometteur qui cherche à s’extirper d’une famille qui le tire en arrière doit d’abord et avant tout affronter son frère aîné, boxeur maudit à la dérive. Et cet affrontement, à un moment seulement, lors d’un banal entraînement, devient purement physique. Et c’est à ce moment que l’on comprend combien la puissance des coups, par cette destruction qu’implique la boxe peut, seule, exprimer le combat entre les deux frères. De même que les boxeurs se cognent dessus à qui mieux-mieux pour ensuite s’enlacer dès le combat terminé, les deux frères boxent, en réalité, l’un contre l’autre durant tout le film. Il aurait fallu filmer ce combat décisif, il aurait fallu les voir se cogner, tant tout se résout, dans la psyché de ces personnages, par le rapport de force à mains nues : la destruction comme la gloire viennent de leurs poings.

Cela dit Fighter est servi par son casting et l’on est même surpris par Mark Wahlberg, d’ordinaire bien fade, dont le jeu très sobre (souvent trop sobre) convient très bien ici pour exprimer le tiraillement qui ne quitte pas son personnage. Christian Bale s’en donne à cœur joie (dans un rôle, où, encore, une fois, il montre sa capacité à se transformer physiquement) et Melissa Leo, qui joue la mère, est remarquable elle aussi dans un rôle pas facile.

 




lundi 11 septembre 2023

Le Cavalier du désert (The Westerner de W. Wyler, 1940)





Western assez faible de William Wyler, qui tourne autour de la personnalité du juge Roy Bean qui, s’il a inspiré plusieurs films, n’a finalement jamais été tellement mis en valeur (Juge et Hors-la-loi de John Huston, par exemple, n’est pas très convaincant non plus). Ici Walter Brennan met son cabotinage jovial au service du juge, et sa personnalité s’oppose à celle, toujours sobre, de Gary Cooper. Mais la sauce ne prend guère : flirtant parfois avec la comédie, le film peine à être crédible. Surtout que, derrière ses allures débonnaires, le juge n’hésite pas à pendre qui s’oppose à lui. Il en résulte un film un peu bancal, qui a du mal à se situer.
Cela dit, il est question d'un combat souvent illustré dans les westerns, combat entre les éleveurs qui font transiter le bétail à travers la plaine et qui s’opposent aux fermiers qui cultivent et dressent des barbelés. On remarque que, d’un film à l’autre, on est tantôt du coté des éleveurs qui font passer leur bétail (comme ici), tantôt du côté des fermiers, comme dans Open Range par exemple, où le shérif mange dans la main du propriétaire terrien.

 




samedi 9 septembre 2023

The Salvation (K. Levring, 2014)

 



Le western, genre devenu mineur depuis bien longtemps, semble aujourd’hui faire constamment le grand écart entre des films assez confidentiels (Hostiles de Cooper ou les œuvres de Kelly Reichardt) et des films bas de gamme (Les Sept mercenaires de Fuqua), qui, eux, continuent de surfer sur la vague décidément inépuisable du western italien.
The Salvation, malheureusement, tient de cette seconde veine. C’est que le film est en même temps très quelconque et très ambitieux par sa mise en scène et son esthétique. Il faut dire que, après une première séquence cruelle et violente qui laisse le spectateur en suspens (Jon, sa femme et son fils sont agressés dans une diligence ; Jon parvient à tuer les agresseurs mais sans pouvoir sauver ses proches), la séquence suivante achève le film : on voit surgir le grand méchant tueur qui terrorise la population locale pour demander qu’on lui livre celui qui a eu l’audace de tuer son frère. Toute la douleur sourde que Jon pouvait ressentir est balayée : le film ne sera rien d’autre qu’une banale histoire d’injustice, de vengeance et de domination d’une petite communauté par une bande de tueurs, sur fond de spéculation immobilière autour du pétrole. Bien entendu jamais on ne doute que Jon tuera toute la bande.
Kristian Levring fait un bond de cinquante ans en arrière et nous ramène au cinéma d’exploitation spaghetti le plus éculé, filmant la violence sans raconter grand-chose, tout en lorgnant du côté d’Il était une fois dans l’Ouest, de Django ou de Keoma. On retrouve donc une esthétique moderne et devenue parfaitement banale. Les restes calcinés de la ville (qui font une image étonnante à l'écran) sont une métaphore involontaire mais puissante de The Salvation : du western, Levring reprend les principaux codes du genre, mais, autour de cette charpente, il ne construit rien et ne raconte rien, tout reste superficiel et creux. The Salvation est ainsi une baudruche qui reste en suspens dix minutes avant de se dégonfler pesamment, s’en remettant à un maniérisme léonien banal.
Mads Mikkelsen, qui campe le fermier ancien soldat qui règle les comptes, a le calibre pour construire des personnages à la fois mutiques et complexes, mais le rôle vide que lui propose le film le coince dans une partition faiblarde.
C’est bien dommage pour le genre qui a décidément bien du mal à se remettre du déferlement de Sergio Leone. En délaissant le fond au seul profit de la forme, le réalisateur star italien a dévitalisé jusqu’à l’agonie le western. De l’immense fleuve que fut le western, il n'en reste qu’un étiage mince, même s’il continue, vaille que vaille, d’être alimenté. Mais ce ne sont certes pas des films comme The Salvation qui vont le renflouer…

 



lundi 4 septembre 2023

Adieu au langage (J.- L. Godard, 2014)





Sans doute, pour comprendre le cinéma de Jean-Luc Godard à partir des années 70 (et ensuite, peut-être, parvenir à l’apprécier), faut-il accepter que ce cinéma, très expérimental, soit d’une grande prétention. Dès lors que cette prémisse est posée, on peut, si l’on en a le courage, essayer de ressentir ce que Godard, avec emphase et lourdeur, tente de saisir.
Et, dans Adieu au langage, du haut de ses 74 ans, l'on a vraiment l’impression que Godard est plus que jamais incapable de ressentir le murmure des choses, qu’il lui faut les asséner sans cesse avec grandiloquence et maniérisme dans un ton superfétatoire. C’est assez pénible et l’on se perd dans ces explorations et ces déambulations souvent anodines, puisqu’en réalité ces grandes émotions, ces grandes questions ou ces grandes révélations sont bien petites ou très convenues.






samedi 2 septembre 2023

Batman : Le Défi (Batman Returns de T. Burton, 1992)

 



Ce second film de Tim Burton mettant en scène le héros chauve-souris masqué poursuit une pente à la fois conventionnelle et kitsch. Il n’est qu’une exploitation de la réussite du premier opus. On n’est pas loin du Grand-Guignol par moment et on sent bien où nous conduit l’intrigue.
Tim Burton semble un peu coincé dans son idée, même si quelques séquences équilibrent très bien les tons entre conte de Noël divertissant et noirceur, tons que conjuguent si aisément l’ami Burton.

 



jeudi 31 août 2023

Open Range (K. Costner, 2003)

 



Western assez classique mais bien filmé par Kevin Costner qui s’appuie sur un argument déjà vu (les éleveurs qui font transiter leurs bêtes s’opposent aux cultivateurs qui barrent la prairie de leurs barbelés) mais qui reste efficace. Sur ce thème les positions varient d’un film à l’autre : si dans The Big Country on voit le problème par le prisme des propriétaires terriens, ici l’on est du côté des éleveurs qui transitent.
On regrette peut-être des personnages caricaturaux du côté des méchants, bien moins fouillés et travaillés que les éleveurs, qui retiennent toute l’attention du réalisateur. C’est que Charley (Kevin Costner, très convaincant) n’a pas toujours été cow-boy et il traîne derrière lui un passé oublié qu’il lui faut faire resurgir. Cet ancien gunfighter, abîmé par son passé (il est typiquement un descendant de Ethan Edwars), a trouvé dans cette façon de vivre en conduisant des bêtes tout au long de l’année, de feu de camp en feu de camp, un substitut de civilisation. Comme Ethan Edwards, il ne peut guère se poser et rejoindre les siens.

Pourtant, après l’inévitable règlement de compte (où, bien à regret, Charley doit recomposer avec son efficacité passée un colt à la main), la fin reste optimiste et apaisée, comme si l’Ouest, malgré tout, avançait et, que le temps faisant, Charley pouvait délaisser les bêtes et vivre à nouveau au milieu de la société des hommes. On notera que, comme bien souvent dans le western fordien, c’est par le bien d’une femme – plus encore que par l’amitié, autre élément fondamental – que cette impossible réinsertion se fera.






lundi 28 août 2023

Le Horla (M. Desseigne Ravel, 2022)

 



Adaptation fade de Maupassant, ce Horla peine à passionner. Il cherche à retranscrire avec assez de fidélité la nouvelle dans un univers contemporain, mais le doute et l’incertitude restent flous et ne font guère basculer le récit dans l’obsession fantastique.
Bastien Bouillon, au jeu sobre, sent bien le rôle mais il ne parvient pas à sauver un film trop terne pour marquer le spectateur.

 



vendredi 25 août 2023

Tess (R. Polanski, 1979)





Application policée et qui peine à démarrer du beau roman de Thomas Hardy. Mais plus le film avance et plus on est convaincu par Polanski et touché par ses acteurs. Peter Firth, en particulier, qui joue Angel avec une sensibilité fragile, est très bon. Et l’on plonge peu à peu dans les méandres du drame vécu par Tess, croisant la douceur et la cruauté cynique et mêlant l’Angleterre victorienne aux intérieurs raffinés qui viennent s’opposer à la boue des campagnes. Malgré une histoire fidèle au roman, le film, pourtant, mais c’est manifestement une volonté de Polanski, n’atteint jamais la noirceur dure de Hardy.

 



mercredi 23 août 2023

Illusions perdues (X. Giannoli, 2021)




Adaptation appliquée mais assez fade du roman de Balzac, le film de Xavier Giannoli laisse de côté – forcément – de nombreux fils de l’immense toile tissée par l’écrivain. Il n’en reste qu’un regard un peu simple et facile des espoirs et désespoirs de Lucien, attiré puis brûlé par Paris sur fond de presse à scandale que le film ne ménage pas.
L’interprétation est réussie, malgré un Benjamin Voisin en Lucien de Rubempré un peu terne – surtout dans la première partie – mais avec des seconds rôles bien tenus (le casting se veut un point fort du film, avec Vincent Lacoste, Xavier Dolan, Depardieu, etc.).
En revanche, en filmant ce Paris du XVIIIème siècle, le film peine à sortir de son cadre spatio-temporel. On sent combien, chez Balzac, toutes les situations, tous les sentiments, toutes les aspirations, toutes les relations entre chacun des personnages ont une valeur universelle, et qu’il s’agit bien de tous les hommes et en tous lieux. Chez Giannoli, en revanche, on ne sort guère du XVIIIème siècle parisien, on ne sent pas cette universalité. On voit bien que les attaques contre la presse ont des résonances modernes mais, pour le reste (c’est-à-dire l’essentiel), on reste confiné loin de notre monde. Alors que la finesse de Balzac, elle, garde une acuité éternelle.



lundi 21 août 2023

HHhH (C. Jimenez, 2017)





Biopic faiblard de Cédric Jimenez, qui, très vite, se bonifiera dans ses réalisations ultérieures. Mais, ici, il tombe dans le travers de nombreux films retraçant la vie d’un personnage : l’ensemble ressemble à une fiche biographique dont on a surligné quelques moments forts ou célèbres et que le film met en image.
On voit ainsi Heydrich réagissant à telle ou telle frustration, tantôt amant aimant, tantôt mari violent, tantôt encore père jouant avec ses enfants. Jimenez, bien entendu, nous le montre aussi donnant ses directives à la conférence de Wannssee ou chapeautant inflexiblement des Einsatzgruppen.
Si le film suit aussi la trajectoire des deux résistants qui iront jusqu’à son assassinat, cet aspect du film est moins passionnant, il faut bien dire, que de suivre un monstre dont on s’attendrait à ce que le film nous dise quelque chose. Mais HHhH, in fine, n’explore pas grand-chose de ce que fut Heydrich, c’est-à-dire – hélas – bien plus qu’un monstre froid : il fut un concepteur efficace et zélé, maillon essentiel qui a permis à l’Allemagne d’Hitler de franchir plusieurs étapes conduisant à la solution finale en 1941-1942.
Mais on ne rentre pas un instant dans la tête du personnage. Heydrich, terrifiant monstre dans une époque qui n’en a pas manqué, aurait pu être scruté de beaucoup plus près. Ou alors on aurait pu voir la caméra buter à la barrière de son crâne, incapable de sonder ce qu’il y avait derrière et qui produisait autant d’inhumanité. On aurait eu là un geste cinématographique fort. Mais ce HHhH décevant nous dit simplement qu’Heydrich était monstrueux. Certes. Est-ce là tout le propos ? Y avait-il besoin d’un film pour le dire ?
Il faut reconnaître aussi que le film est desservi par Jason Clarke dont l’interprétation est tout à fait creuse et sans âme. On a du mal à comprendre le choix de l’acteur, à la morphologie peu ressemblante (ce qui pose problème puisque justement le film ne va guère plus loin que l'apparence) et tout à fait incapable d’épaissir son personnage. L’acteur Stephen Graham qui campe Himmler – que l’on voit finalement assez peu (1) –, est beaucoup plus convaincant. Et l’on se souvient, à titre de comparaison, de l’interprétation hallucinée de Bruno Ganz (qui est bien sûr un acteur d'un tout autre calibre) en Hitler dans La Chute de Hirschbiegel.



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(1) : Le titre HHhH signifie « Himmlers Hirn heiβt Heydrich »  que l'on peut traduire par « le cerveau de Himmler s'appelle Heydrich ».

 


vendredi 18 août 2023

Barbie (G. Gerwig, 2023)

 



Cette comédie au grand succès planétaire est rapidement ennuyeuse. On comprend vite le jeu proposé par le film avec cette dualité de monde imaginé pour l’occasion (l’idée de Barbyland, en soi, est bien vu). Mais, ensuite, le film tourne à vide sur un comique de répétition qui n’avance pas et qui montre ses limites : Barbie cherche à faire sourire et à rebondir avec les différences ou les ressemblances entre les deux mondes, et à jouer des influences réciproques.
Bien sûr on a là une critique – au second, troisième ou énième degré, on ne saurait dire – de la société d’aujourd’hui et des rapports homme-femme. A la décharge de Greta Gerwig, il semble bien difficile de produire un propos pertinent sur ce thème de nos jours sans risquer une tempête médiatique. Or l’on sait combien les producteurs d’Hollywood craignent les tribunaux médiatiques et combien ils cherchent à aplanir la moindre rugosité. C’est ainsi que, à part quelques saillies ou bons mots (et encore...), on s’ennuie ferme.

A travers ce rôle, si Ryan Gosling continue d’être lénifiant, ce qui, il faut bien l’admettre, n’est pas un frein quand il s’agit de jouer Ken (
le problème est plutôt que, second degré ou non, il semble bien difficile à cet acteur de produire une expression), Margot Robbie, de son côté, à travers ce rôle, assume pleinement son statut de nouvelle bimbo.



mercredi 16 août 2023

Indiana Jones et le Cadran de la destinée (Indiana Jones and the Dial of Destiny de J. Mangold, 2023)

 



Né sous de merveilleux auspices (le premier film de la saga est une belle réussite), ayant ensuite grandi avec délice (La Dernière Croisade est un chef-d’œuvre dans son genre), Indiana Jones a ensuite bien mal vieilli (Le Crâne de cristal est une catastrophe) et l’on pensait bien que l’aventurier serait laissé tranquille, d’autant plus que l’ami Harrison Ford commence à se faire vieux pour s’en aller cabrioler par monts et par vaux.
Las, James Mangold le sort de sa retraite et le revoilà donc à parcourir le monde une nouvelle fois. Mais la sauce ne prend guère. Lorsque Indi remet son chapeau et sort son fouet on a bien du mal à y croire. La saveur des premiers épisodes n’est plus là, les passages obligés et les clins d’œil encombrent le film, les incohérences sont légion, les personnages contradictoires (le comportement de Helena échappe à toute logique) et la fin sirupeuse à souhait. Comme quoi cumuler des séquences d’action ne suffit pas pour donner du punch à un personnage et à un film.

Harrison Ford lui-même, qui a si souvent su trouver le juste ton entre traits d’humour et ronchonnades, ne joue plus qu’un vieux héros bougon sans cesse houspillé par une petite jeune. Sans doute ne suffit-il pas de jouer sur l’âge de l’archéologue-aventurier pour s’en affranchir.

Mangold jouait déjà, dans Logan, avec des héros vieillissants mais, en ce qui concernait ces héros usés et de moins en moins capables, son film n’était pas inintéressant (il était mauvais sur d’autres points). Rien de tout cela ici : même à la retraite, usé et bougon, Indiana Jones reste inarrêtable et toujours aussi efficace dès qu’il s’agit de se dépêtrer d’une troupe de vilains lancée contre lui ou de démêler une énigme restée mystérieuse. Indiana Jones est donc vieux, on nous le montre et on en blague mais, finalement, le film ne l’entérine pas et il reste héroïque comme au bon vieux temps : c’est peut-être là qu’est la grande incohérence et le grand malaise de ce (espérons-le) dernier opus.

 



lundi 14 août 2023

Equalizer 2 (The Equalizer 2 de A. Fuqua, 2014)

 



Dans cette suite sans saveur d'un premier épisode déjà d’une fadeur rare, Antoine Fuqua récidive en appliquant la même recette, entre prétention de mise en scène et petite morale à deux sous. Denzel Washington cachetonne tranquillement.
Si le film est transparent pour le spectateur (on le voit et, hop ! on l’oublie), il est en revanche une belle planche à billets. On a bien compris que les producteurs savent parfaitement ce qu’ils font.

 

 



samedi 12 août 2023

Daylight (R. Cohen, 1996)

 



Film catastrophe insipide et inutile, servant à la gloire (toute petite gloire, bien sûr) de Sylvester Stallone, qui enchaîne, à cette période, les films consternants. Peut-être en a-t-il conscience puisqu’il surprendra dans son film suivant, le bon Copland de James Mangold, avec un rôle iconoclaste pour lui et très bien tenu.

 


 

jeudi 10 août 2023

Pi (D. Aronofsky, 1998)

 


Dans cette première œuvre qui oscille sans cesse entre cinéma expérimental et film fauché, Darren Aronofsky se perd un peu. Il cherche à filmer une obsession et s’il met en place une esthétique, on ne saurait trop dire si elle vient d’un projet artistique ou d’une contrainte financière. Les œuvres suivantes du réalisateur, sans grand rapport esthétique, nous faisant plutôt dire qu’il s’agit d’un manque de moyens. Derrière les idées de thriller noir et paranoïaque, cette esthétique le coince d’ailleurs un peu au moment de faire avancer son récit. C’est que Max Cohen, s’il semble avoir mis le doigt sur une clef de voûte mathématique du monde, se noie peu à peu dans sa paranoïa et dans ses hallucinations. Dès lors, au-delà de sa forme originale, le film se résume à scruter une obsession, obsession qui sera un des sujets majeurs de Aronofsky.




mercredi 2 août 2023

Les Saveurs du palais (C. Vincent, 2012)

 



Il est dommage que ce film, qui cherche à titiller les papilles en évoquant la cuisine du terroir, les vieilles recettes de grand-mère et les belles traditions soit aussi insipide. Hormis quelques moments de cuisine où, justement, le réalisateur cherche à nous plonger au cœur des saveurs et des mélanges, Les Saveurs du palais ne captive guère, jonglant entre la base antarctique perdue dans le froid rocheux et le raffinement du palais de l’Élysée.
On notera, aux côtés de Catherine Frot (dont le rôle n’est pas bien difficile), l’interprétation difficilement supportable de Jean d’Ormesson en président de la République. Bien loin de la simplicité traditionnelle qu’il appelle de ses vœux en cuisine, son personnage en fait des tonnes et il vient alourdir bien inutilement des séquences qui se veulent décisives dans le film.