mardi 20 août 2024

Marche à l'ombre (M. Blanc, 1984)





Michel Blanc reprend une variation du personnage qu’il tenait dans Viens chez moi, j’habite chez une copine. Il le décline ici dans une version moins égocentrée et cataclysmique, se contentant d’être hypochondriaque et râleur mais tout en étant plus honnête (il rechigne à vendre à la sauvette et à magouiller avec le receleur) dans un duo qui fait ce qu’il peut et vit au fil de l’eau, de combines en débrouilles. Marche à l’ombre a rencontré un très grand succès, sans doute du fait de la popularité des acteurs et à la légèreté du film, qui se veut plaisant. Pourtant l’ensemble n’a guère de relief et la fin, où le duo file jusqu’à New-York, n’est guère convaincante.
Sans doute conscient des limites de ce personnage (et conscient du risque d’être enfermé dans ces personnages en rupture et dont on se moque), Michel Blanc ne le reprendra pas.

 

lundi 19 août 2024

Autant en emporte mon nunchaku (Satsujin ken 2 de S. Ozawa, 1974)

 



Suite inévitable (vu son succès) du premier opus, celle-ci n’apporte rien si ce n’est de resservir strictement le même plat, ce qui est à peu près la définition du cinéma d’exploitation. On retiendra le titre français amusant qui ne cherche pas à cacher le peu de valeur du film.
Et l’on s’amuse (au milieu d’un long bâillement bien difficile à réfréner) d’une ou deux frappes de Sonny Chiba, dont celle, dans la nuque, qui fait sortir de leurs orbites les yeux du méchant : vu les effets spéciaux, on ne saurait dire si les spectateurs, en 1974, riaient comme nous aujourd’hui ou s’ils se réjouissaient des performances de leur champion.



vendredi 16 août 2024

Le Souffle de la tempête (Comes a Horseman de A. J. Pakula, 1978)

 



Western d’Alan Pakula peu convaincant, malgré un casting solide et la volonté de filmer au plus près des prairies et des grands espaces (on ne va quasiment jamais en ville, ce sont les banquiers qui viennent dans les ranchs). Mais les personnages, posés d’emblée, ne sortent jamais de la case bien nette qui leur est donnée. Jason Robards, notamment, en grand méchant patriarche, peine à épaissir quelque peu le personnage, coincé par le déroulé scénaristique qui ne lui laisse aucune marge de manœuvre. De même pour Jane Fonda, de sorte que le film doit beaucoup à James Caan dont la forte personnalité d’acteur lui permet de s’exprimer.
Et, malgré le titre français, le film manque cruellement d’un certain souffle, d’un certain élan.
Si le film reprend l’histoire très classique d’une guerre entre propriétaires terriens, on notera la grande originalité de situer l’action en 1945, et si l’époque fait irruption dans le film (au travers notamment de l’exploitation pétrolière), Le Souffle de la tempête déroule tout un univers se rattachant à la fin du XIXème siècle.

 


mercredi 14 août 2024

Les Trois Mousquetaires : Milady (M. Bourboulon, 2023)

 



Suite très pâle du premier épisode, ce Milady n’est pas très convaincant. Le rythme qui se veut enlevé empêche que l’on s’ennuie et l’interprétation, malgré quelques réserves (D’Artagnan et Milady passent moyennement), reste malgré tout un point fort du film. Mais cet épisode se perd en chemin : la saveur des mousquetaires s’évapore quelque peu.
Il faut dire que le film cherche plus encore que la première partie à montrer patte blanche pour tous les mantras actuels (évocation de l’homosexualité, rôle donné à un Noir, etc.) comme s’il fallait de toute force cocher certaines cases. Et le film avance jusqu’au duel final où l’on n’est plus guère étonné, finalement – tellement on a compris que l’esprit des personnages s’était perdu en chemin – de voir Milady, épée à la main, résister tant et plus à D’Artagnan.

 

lundi 12 août 2024

Wrong (Q. Dupieux, 2012)

 



Film très typique de Quentin Dupieux, c’est-à-dire foisonnant d’absurde, mélangeant des histoires et des personnages autour d’une trame très mince que le réalisateur laisse s’effilocher à loisir.
Plusieurs personnages et plusieurs situations sont évoqués et sont ensuite laissés en plan, alors que Dolph et son chien perdu constituent, si l’on veut, la trame principale. Le film regorge alors d’idées et de trouvailles, certaines très bien vues, d’autres moins convaincantes.
Plus que dans d’autres films où il joue avec le medium lui-même (par exemple dans Rubber ou Réalité), Dupieux trouve ici un ton absurde très buñuelien (celui du Fantôme de la liberté ou du Charme discret de la bourgeoisie). Bien sûr, on serait bien en peine de chercher à comprendre où nous mène le film mais, chez Dupieux, cela est très accessoire.

 


lundi 5 août 2024

Avec les compliments de Charlie (Love and Bullets de S. Rosenberg, 1979)

 



Stuart Rosenberg (surtout connu pour Luke la main froide, Amityville ou encore Brubaker) propose un polar sans grande saveur, articulé autour de la figure de Charles Bronson (massif et taiseux, comme toujours) qui affronte des méchants très conventionnels (Rod Steiger en parrain bégayant, Henry Silva en exécuteur).
La mini-originalité de situer l’essentiel de l’intrigue en Suisse (avec des séquences dans la neige) n’apporte pas grand-chose à ce film très conventionnel et prévisible.


vendredi 2 août 2024

The Street Fighter (Gekitotsu! Satsujin ken de S. Ozawa, 1974)





The Street Fighter de Shigehiro Ozawa a marqué le genre par sa violence, ce qui n’est pas peu dire, les films d’arts martiaux étant, par essence, très violents. En fait, aujourd’hui, ce sont quelque images chocs qui restent, Takuma Tsurugi ayant l’habitude, par moment, de ses doigts d’experts, de fendre le crâne ou d’arracher un organe (des cordes vocales par exemple) d’un ennemi très méchant.
Mais le film n’apporte pas grand-chose, il est un exemple parmi tant d’autres du cinéma d’exploitation alors très en vogue qui profite de la déferlante de Bruce Lee. Il s’agit en fait de sa déclinaison japonaise. Ce succédané (Sonny Chiba, immédiatement propulsé superstar au Japon, reprend les mimiques maniéristes de Bruce Lee) consiste à profiter d’une intrigue minimaliste permettant à Tsurugi de se battre contre toujours plus d’adversaires qu’il tue gaillardement à coups de poings et de pieds. On notera néanmoins que, sans s’embarrasser de morale – et c’est là un point original intéressant –, le personnage de Tsurugi, bien loin d’être un héros redresseur de torts, est un malfaiteur tueur à gages qui vit comme un poisson dans l’eau au milieu d’un univers de mafia et de crime.
Fortes du succès de ce Street Fighter, des suites ont rapidement été tournées. Tarantino adore (il cite largement le film dans son Kill Bill et va jusqu’à offrir un rôle à un Sonny Chiba sexagénaire), nous beaucoup moins. 



lundi 29 juillet 2024

Le Toubib (P. Granier-Deferre, 1979)

 



Film assez terne de Pierre Granier-Deferre, dont la narration lente et sans grand rythme peine à captiver. Organisé autour de ce docteur brisé qui revient peu à peu à la vie grâce à la petite infirmière qu’il rencontre, le film, qui se veut une réflexion et un regard sur les ravages de la guerre, reste sans grande surprise, avec une fin, notamment, très prévisible.
Alain Delon retrouve une nouvelle fois son personnage type – homme brisé et taiseux –, qui, ici, reprend goût à la vie. Mais il surjoue son jeu minimaliste (eh oui, c’est possible), les poses et les sentences ne sont déjà plus très naturelles, elles annoncent le jeu beaucoup moins convaincant qu’il aura dans les années à venir (il y a une vraie rupture, et c’est bien dommage, dans sa filmographie ; Monsieur Klein, réalisé trois ans auparavant, marquant sans doute la fin de sa période la plus faste).




samedi 27 juillet 2024

Le Grand saut (The Hudsucker Proxy de J. Coen, 1994)

 



Comédie bien peu convaincante des frères Coen qui se contentent de flirter avec le burlesque et peinent à en sortir.
S’il s’appuie, comme toujours chez les Coen, sur un Américain moyen projeté dans des aventures qui le dépassent (l’argument rappelle ici celui de L’Extravagant Mr. Deeds) et malgré quelques bonnes idées (celle de l’invention du hula hoop par exemple), le film déçoit. On n’y trouve ni la richesse de tons, ni la multiplication de personnages savoureux qui font souvent la signature des films des deux réalisateurs. On notera néanmoins, dans la galerie d’acteurs, la présence de Paul Newman, dans un rôle malheureusement trop pauvre.
Dans la belle filmographie des deux frères, il s’agit là d’un des films les plus oubliables (aux côtés, sans doute, du médiocre Ladykillers).

 


mercredi 24 juillet 2024

Joker (S. West, 2015)





Jason Statham joue une énième fois son rôle d’ancien dur à cuir qui doit sauver des petites gens aux prises avec des grands méchants. Mais, cette fois, le film se fait l’économie des scènes de baston qui sont pourtant l’alpha et l’oméga de l’acteur. On s’ennuie ferme devant des séquences à rallonge où le gars Jason est surpris à tenter de vouloir philosopher au travers de ses quelques lignes de dialogue. Même les fans ne s’y retrouvent pas, c’est dire.



lundi 22 juillet 2024

Les Innocents aux mains sales (C. Chabrol, 1975)

 


Intéressant (et assez méconnu) thriller de Claude Chabrol qui bénéficie d’une intrigue complexe où les coups de théâtre se multiplient. Il bénéficie aussi de la présence de Romy Schneider et de Rod Steiger en fers-de-lance. Et l’on s’amuse du duo de commissaires qui réfléchissent, enquêtent et discutent autour d’un verre de cette histoire qui leur échappe. Jean Rochefort est aussi très drôle dans le rôle de l’avocat.
Chabrol construit une ambiance étrange et sombre sans retrouver la froideur glacée qu’il sait souvent mettre entre les êtres. Il semble moins à l’aise dans cette villa moderne que dans ses décors habituels (souvent plus rustiques et peu modernes).
On regrette peut-être aussi que, à coups de rebondissements, l’intrigue devienne passablement alambiquée et confuse, même si le dénouement, avec les larmes sincères du personnage joué par Romy, est très réussi.

 

samedi 20 juillet 2024

Quai d'Orsay (B. Tavernier, 2013)





Le dernier film de Bertrand Tavernier est décevant : il n’est qu’une comédie non pas déplaisante mais un peu vaine et qui repose essentiellement sur le cabotinage de Thierry Lhermitte et la fausse retenue de Niels Arestrup.
Pour le reste Quai d’Orsay pâtit de son survol permanent : tout à sa volonté de montrer la frénésie superficielle du cabinet ministériel, il en oublie de fouiller un peu les personnages et il reste en surface, comme si le genre empêchait de développer les choses. Même Arthur (Raphaël Personnaz), censé être au cœur du film et qui sert de relais au spectateur, reste particulièrement atone et vide.

 


samedi 13 juillet 2024

Le Justicier de minuit (10 to Midnight de J. Lee Thompson, 1983)





Polar assez quelconque qui met Charles Bronson en tête d’affiche et déroule sans grande originalité son intrigue toute faite.
S’il s’agit de l’un des nombreux films réalisés avec l’acteur, John Lee Thompson semble ici assez paresseux, bien loin, en tous les cas, de l’efficacité de ses meilleures réalisations (on pense aux Canons de Navarone).

 

jeudi 11 juillet 2024

Et plus si affinités (O. Ducray et W. Méance, 2024)

 



Parfois, très vite, devant un film, l’on se rend compte que rien ne va. Ici, dès les premières minutes, des acteurs tout à fait capables et souvent convaincants (Bernard Campan et Isabelle Carré jouaient très juste ensemble dans Se souvenir des belles choses), sont très mauvais, cabotinent grossièrement et tout sonne faux, alors on sait à quoi s’en tenir. Faire déjouer de bons acteurs est très mauvais signe.
Et la suite ne trahit pas cette première impression : les acteurs continuent d'être mauvais, l’argument est inintéressant au possible, le film n’avance pas et se répète lourdement (on passe du salon à la salle à manger, puis l’on revient au salon, etc.), le ton se veut drôle mais les réparties sont plates au possible.
Et plus si affinités, néanmoins, a le bon goût de ne pas durer très longtemps. Il n’empêche, voilà bien le film d’une heure vingt le plus long que l’on connaisse.



mardi 9 juillet 2024

Solo (J.- P. Mocky, 1970)

 



Dans cette étrange course-poursuite d’un personnage pour sauver son frère, Jean-Pierre Mocky retrouve le ton tout à fait typique qu’il donne souvent à ses films (et aux personnages qu’il joue). Sur fond de révolte anti-bourgeoise violente, le personnage campé par Mocky se veut à distance, en retrait, mais il prend fait et cause pour son frère tueur, quand bien même il le réprouve.
Le rythme et le ton du fim sont bien trouvés, avec en plus quelques scènes un peu étranges et décalées, comme Mocky les aime. Si son personnage est romantique, les actions du groupe mené par son frère, tout au contraire, loin de l’imagerie antibourgeoise soixante-huitarde, annoncent la violence terroriste sèche et sanglante.
Dès 1970, Mocky, alors, par cet étrange équilibre du film (tout à la fois il condamne et accompagne ces actes sanglants), semble détaché des combats de la jeunesse de mai 68 et n’y croit guère.

 


lundi 8 juillet 2024

Terrifier (D. Leone, 2016)

 



Film de genre tout à fait quelconque qui suit l’air du temps à savoir montrer le plus possible sans rien laisser en dehors du cadre. Il s’agit de ne rien suggérer et de ne surtout rien laisser à faire au spectateur : exit l’imaginaire et l’implicite, tout est dit, tout est montré. La boucherie s’étale donc consciencieusement sur l’écran.
Les scénaristes ne se tracassent guère pour que leur histoire tienne debout ou pour qu’elle ait un sens quelconque de sorte qu’on ne saura rien du tueur déguisé : il découpe et taillade ceux qu’ils croisent, voilà tout.
Mais comme cela plaît et que le public en redemande Terrifier 2 ne devait pas tarder, ni même bientôt Terrifier 3, sans que rien ne vienne perturber les déballages sans cesse plus gores et sanguinolents.

 

samedi 6 juillet 2024

Un p'tit truc en plus (Artus, 2024)





Cette comédie sympathique mais sans grande saveur joue de ressorts habituels pour emmener le spectateur au milieu d’une semaine de vacances dans le Vercors, mêlant handicapés et cambrioleurs en cavale.
Gentillet mais sans grands éclats de rire, le film s’appuie sur un pitch simpliste qui est l’occasion de quelques bonnes réparties et il réduit sa vis comica aux comiques de situations et de répétitions. On peine à trouver des scènes mémorables, apanage des grandes comédies, et il n’y a pas non plus d’acteur au grand pouvoir comique pour irriguer le film. Artus apparaît aussi fade en acteur qu’en réalisateur.
On retiendra cependant deux qualités du film, qualités devenues assez rares : d’une part les personnages (hormis peut-être celui joué par Clovis Cornillac dans la première partie du film) ne sont pas traités comme des idiots et,, d’autre part, et ce qui est plus rare encore, le film ne délivre pas de leçon de morale.
On est cependant très surpris du succès fracassant du film (plus de onze millions d’entrées en France). C’est ainsi qu’au milieu de tout le lot des comédies françaises réalisées chaque année, de temps en temps l’une d’elle surgit et cartonne au box-office, on ne saurait dire pourquoi. Le bouche-à-oreille a très bien fonctionné paraît-il, au point que l'on se demande si ce n’est pas le niveau affligeant de la masse des comédies qui, a contrario, fait paraître Un p’tit truc en plus remarquable. Cela en dit long sur le naufrage du genre.
On notera enfin le décalage entre Paris et la province. De plus en plus la cinéphilie illustre deux mondes : ce qui marche en province est un échec à Paris, et inversement. Ici les réussites et les échecs des films illustrent une fracture sociologique qui va grandissante.



vendredi 5 juillet 2024

Le Capitaine Volkonogov s'est échappé (N. Merkoulova et A. Tchoupov, 2021)

 



Rare film sur la terrible période de purge des années 30 en URSS, Le Capitaine Volkonogov s’est échappé est une réussite. Film sur la rédemption, il parvient à saisir le personnage (en particulier par des séquences mentales très réussies) sans devenir, par-là même, moralisateur.
Jouant habilement de flashbacks, sans en rajouter dans l’horreur, Natalia Merkoulova brosse à la fois le portrait d’une époque mais aussi de ceux qui la font : ce sont autant les victimes que les bourreaux qui sont scrutés par la caméra qui capte cette humanité (ou cette inhumanité) à la fois sans distance et sans trop en faire, et, surtout, sans jugement.

 


mardi 2 juillet 2024

Les Comancheros (The Comancheros de M. Curtiz, 1961)

 



Western très – trop – classique de Michael Curtiz (Curtiz malade ne put achever le western, c’est John Wayne qui s’en chargea), articulé autour d’une intrigue assez simple et des personnages très monolithiques. L’ami John Wayne tient son rôle canonique du marshal intègre, loyal et expérimenté, personnage trop simple et bien loin, par exemple, de ses partitions dans La Prisonnière du désert ou La Rivière rouge.
En 1961, le genre a pourtant déjà produit des personnages beaucoup plus riches et complexes, dans des intrigues beaucoup plus travaillées (qu’on se souvienne des westerns d’Anthony Mann avec James Stewart). Mais Les Comancheros oublie cette veine superbe du « surwestern » (selon l’expression d’André Bazin) pour retourner en arrière, en se cantonnant à des personnages stéréotypés et en s’appuyant sur le charisme du Duke (bien secondé par Stuart Whitman). Sympathique, presque picaresque par moment (dans la première demi-heure notamment), bénéficiant de gros moyens, Les Comancheros reste donc trop conventionnel et sans réelle surprise.

 


samedi 29 juin 2024

Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines (Those Magnificent Men in their Flying Machines, or How I Flew from London to Paris in 25 Hours and 11 Minutes de K. Annaki, 1965)

 



Comédie anglaise sympathique mais sans grande surprise de Ken Annakin. Le ton léger rend le film assez peu captivant, sur un sujet qui, en soi, est pourtant passionnant (en 1910, les avatars des premiers aéroplanes dans une course destinée à traverser la Manche).
On sera davantage intéressé par la distribution internationale qui nous donne le plaisir de voir cohabiter des acteurs aussi variés que Jean-Pierre Cassel, Alberto Sordi, Sarah Miles, Stuart Whitman, Gert Fröbe ou encore Benny Hill. Cela dit la plupart d’entre eux cabotinent terriblement, influencés bien sûr par le ton du film mais aussi peut-être par la concurrence entre tous ces acteurs qui se marchent un peu sur les pieds.




jeudi 27 juin 2024

Un espion de trop (Telefon de Don Siegel, 1977)

 



Film d’espionnage qui a assez mal vieilli, Un espion de trop part d’une idée intéressante (les espions dormants qui sont réveillés, même si ici leur endormissement confine à la science-fiction) mais, pour le reste, il n’y a rien de bien original et captivant. La faute peut-être à une réalisation trop mollassonne de Don Siegel et à un Donald Pleasence – qui joue le méchant terroriste – étonnamment décevant, sans doute coincé dans un rôle où il ne peut s’exprimer. Face à lui Charles Bronson, fidèle à son jeu taiseux et massif, ne peut guère apporter de contrepoids dynamique.

 


mardi 25 juin 2024

Le Lac des morts-vivants (J. Rollin, 1981)

 



Il y a peu de choses à retenir de ce film d’exploitation, si ce n’est d’y trouver réunis tous les ingrédients qui, mis ensemble, sont prévus pour performer au pays des nanars : des femmes nues (dès les premières minutes, histoire d’hameçonner comme il se doit le spectateur), des monstres zombiesques, une histoire de nazis sur le retour. Cela suffit pour Jean Rollin (qui signe le film sous un pseudonyme...), réalisateur cornaqué par Marius Lesœur, le producteur inventif et sans limite d’Eurociné, société spécialisée dans le cinéma d’exploitation. Ici ces ingrédients sont allègrement mélangés pour donner corps – si l’on veut – à ce film très mauvais, à très petit budget, qui n’a ni queue ni tête mais qui a fait le job : il est le film le plus rentable de la société de production parmi la centaine produite.
On notera même une version destinée à l’étranger et qui est censurée comme il convient : les femmes au torse nu dans la version originale se voient affublées d’un petit haut qui cachent les seins que l’on ne saurait voir.
Cela dit il faut bien remettre le film dans son époque : celle des petits cinémas d’exploitation (dans les grandes villes notamment) qui passaient en continu ce genre de productions. On n’est pas bien sûr qu’il faille regretter ces salles qui, en un cercle vicieux, incitaient à produire des films très bas de gamme, destinés à les remplir. Sauf peut-être en ce qui concerne les affiches, souvent très abouties et éloquentes. Mais c’est bien normal, elles sont l’appât au bout de l’hameçon qui devaient inciter le spectateur à payer son billet.



samedi 22 juin 2024

Eurociné 33 Champs-Elysées (C. Blier, 2013)

 



Documentaire passionnant sur la société de production Eurociné de Marius Lesœur qui produisait des films d’exploitation à la chaîne, en particulier dans les années 70 et 80.
On y découvre les recettes permettant de faire des films sans argent et sans talent, en recourant à des méthodes très imaginatives pour faire des économies. Cela va de la réutilisation des mêmes décors ou des mêmes costumes pour des films différents ou de la transformation de la maison familiale en studio (on retrouve la même chambre, décorée différemment, dans de multiples films), jusqu'à l’utilisation d’extraits de films précédents dans de nouveaux films. Et, bien sûr, l'équipe a recours à l’imagination, à la débrouille et au bricolage, lors du tournage, pour produire tel ou tel effet pourvu que ce soit à moindre coût.
Bien entendu ce cinéma, loin des grands studios et des acteurs professionnels, loin des critiques et du grand art, n’est qu’une utilisation du medium pour faire de l’argent, réduisant le cinéma à un produit industriel basique qu’il faut à toute force continuer de rendre rentable, quelle que soit la qualité de ce qui est montré à l’écran. Alors, bien sûr, derrière la curiosité du documentaire souvent savoureux, on ne peut oublier que les films ainsi réalisés, s’ils continuent d’exister dans le royaume des nanars auprès des fans ad hoc, sont ce que le cinéma a pu produire de plus mauvais et restent, évidemment, très difficiles à regarder.




mercredi 19 juin 2024

Du sang et des larmes (Lone Survivor de P. Berg, 2013)

 



Film de guerre très classique, où Peter Berg ne propose guère plus que les séquences habituelles, avec un déroulement lui aussi déjà bien souvent rencontré. Le réalisateur part sur des bases très caricaturales (les gentils américains cools, les méchants talibans sévères), même s’il adoucit son propos en fin de film (avec les pachtounes qui permettent de montrer des mains tendues entre les peuples), mais tout cela reste très simpliste. Cela dit, là n’est pas le propos : le réalisateur n’a pas de discours particulier sur la guerre, simplement il filme tantôt de l’action avec un soucis de réalisme, tantôt il se fixe sur les visages marqués des soldats. A grands coups de gros plans qui étalent les balafres toujours plus sanguinolentes, l’image cherche à donner un réalisme cru, comme cela se fait bien souvent dans le cinéma actuel.
La réalisation épouse donc les canons modernes avec, en plus de ces gros plans convenus, des ralentis attendus (c’est-à-dire des ralentis que l’on craint de voir survenir et qui arrivent effectivement), quelques accélérations (lorsque les soldats se jettent dans le vide le rythme de la chute joue d’accélération et de décélération), le tout saupoudré de séquences au montage très rapide pour illustrer le cœur violent des combats acharnés. Rien n’est très original, donc, dans ce film de genre qui raconte bien peu de choses et ne montre rien que des images vues et revues.



lundi 17 juin 2024

Papillon (F. J. Schaffner, 1973)

 



Classique du film d’évasion, Papillon est sans doute trop conventionnel et sans surprise même s’il se suit sans déplaisir. Schaffner donne assez peu de rythme et se repose un peu trop sur le charisme de Steve McQueen et sur la composition plus complexe de Dustin Hoffman.
On retrouve ici, en mode mineur mais avec la même idée vissée au crâne, le fameux personnage de Hilts 
dans La Grande évasion – campé lui aussi par McQueen –, personnage qui, lui aussi, multipliait les tentatives d'évasion. Ici Papillon est puni jusqu’à plus soif (mais sans tension : on sait bien qu'il va se sortir de cette épreuve, qu’il ne va pas mourir enfermé et affamé) et son itinéraire, avec cette dernière partie sur l’île du Diable, est saisissant. La fin, en forme d’ellipse, est réussie : en choisissant de ne montrer que l’amorce de l’évasion qui réussira, Schaffner fait en sorte qu’elle reste, pour le spectateur, un horizon.