mercredi 8 août 2012

Psychose (Psycho de A. Hitchcock, 1960)




Encore un film parfait d’Hitchcock, qui continue d'explorer des voies difficiles à suivre pour le spectateur.
Ici il choisit d'embarquer le spectateur sur une fausse piste et de couper tout à coup tous les liens par lequel le spectateur s’accrochait au film. En effet il centre le film sur sa star Janet Leigh pendant trois quarts d’heure, avant de la tuer brusquement, dans une des plus célèbres scènes du cinéma.



La surprise est alors totale pour le spectateur et le choc est rude : Marion étant jusqu'alors le centre du film, c’est à elle que s’est identifié le spectateur qui se retrouve complètement désemparé. Marion vole de l’argent, elle s’enfuit, elle croise son patron par hasard, un policier a un soupçon, elle-même hésite, etc. : toute cette trame est tout à coup réduite à néant.
A ce coup de théâtre s’ajoute un effet psychologique très puissant, qui a un peu disparu aujourd’hui et qui rendait le choc encore plus dur pour le spectateur : Janet Leigh n'étant pas entrée au panthéon des actrices immortelles, on a oublié qu’elle était LA star du film et qu’elle ne pouvait donc pas mourir à ce moment du film. En effet on n’a jamais vu le personnage principal mourir tôt dans un film. Le meurtre (très violent qui plus est) de Marion est donc un événement inconsciemment intégré par le spectateur comme « ne pouvant pas avoir lieu » (il faut remarquer que, dans son remake, G. Van Sant laisse de côté cet aspect en ne choisissant pas une grande star pour interpréter Marion.). Et la voilà tout à coup qui gît sur le carrelage de la salle de bain.
Il y a là un pari remarquable d'audace et de brio de la part d'Hitchcock. 



Le très grand succès du film fait oublier que ce pari d’Hitchcock n’était pas gagné d’avance, d’ailleurs beaucoup de ses collaborateurs habituels se sont défaussés ou ont exigé des garanties en cas d’insuccès du film.
La légendaire musique de Bernard Herrmann rajoute à la tension et à la surprise extrême des scènes de meurtre (aussi bien celui de Marion que celui, tout aussi surprenant, d’Arbogast).
La caméra d’Hitchcock explore avec virtuosité les limites techniques de son époque (plan-séquence d’ouverture ou le plan-séquence qui suit le premier meurtre). La construction des scènes est parfaite, avec un montage rapide innovant (scène de la douche notamment). Et Hitchcock, évidemment, joue avec le spectateur : tantôt celui-ci suit le personnage (la première partie du film), tantôt il en sait plus que le personnage (quand la sœur de Marion se cache sous l’escalier et qu’il sait que la mère de Norman est précisément cachée dans la cave). Toute cette structure narrative est tenue de main de maître.
A noter que la mise en scène du meurtre sous la douche doit beaucoup à Saul Bass (par ailleurs concepteur du célébrissime générique), quand bien même Hitchcock, conscient de la célébrité croissante de cette scène, restait muet à ce propos…

Le personnage de Norman Bates (personnage maintenant légendaire et incarné parfaitement par Anthony Perkins) est aussi très innovant. Il participe à ce regard sur le monstre du cinéma américain. Le monstre, au cinéma, selon les époques et selon les réalisateurs, peut venir de très loin (les films de science-fiction ont décliné à toutes les sauces ce genre de monstres), ou bien être une personne  que l'on croise dans vie de tous les jours ou même un proche (par exemple dans L'Invasion des profanateurs de sépultures), ou encore celui que l'on enfante (Rosemary's baby de R. Polanski). Le monstre peut aussi être celui qui est désigné comme tel par les « non-monstres » (Freaks, Elephant man). Ici Hitchcock va plus loin encore : pour la première fois le monstre est à l'intérieur de soi-même, c'est un autre soi.
On touche là la plus grande proximité possible du monstre, qui n'est plus dans l'altérité mais dans soi.


Au-delà des mille influences du film, il faut remarquer le très intéressant remake de G. Van Sant, volontairement extrêmement proche du film original de Hitchcock.

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