vendredi 29 mai 2026

La Pampa (A. Chevrollier, 2025)

 



Film assez décevant d’Antoine Chevrollier : si les deux personnages principaux sont bien tenus, l’histoire assez banale peine à passionner. Le traitement du sujet est pourtant intéressant puisque, cinématographiquement, le film va du côté de la veine naturaliste française et il saisit très bien, par séquences, la vie de la France des villages, avec l’engouement autour du moto-cross ou ses jeunes qui doivent partir sitôt passés leur bac. Mais le sujet principal – l’homophobie – est très rabâché. Entre harcèlement, vie rurale qui apparaît arriérée, familles recomposées et grosses ficelles scénaristiques, le film peine à émouvoir.
On notera que la première séquence – avec cette conduite ordalique destinée à épater la galerie – n’a aucun sens et ne respecte rien de ce que sont les personnages (Jojo n’a aucune raison de jouer ainsi avec la mort, c’est contraire à ce qu’il est et cela n’annonce en rien son futur geste tragique qui, pour le coup, pour terrible et soudain qu’il puisse être, se comprend tout à fait). On regrette terriblement que le réalisateur contredise à ce point ses propres règles narratives : cette séquence n’a simplement aucun sens par rapport aux personnages.
On regrette également que si le film cherche à embrasser de nombreux thèmes (une famille décomposée qui peine à se reconstruire pour Willy, le manque de reconnaissance du père pour Jojo, la relation entre ville et village pour Marina, l’importance du bac pour pouvoir partir, etc.), c’est finalement l’homophobie qui est le cœur et le ressort du film. Son traitement radical (le suicide de Jojo) éclipse tous les autres thèmes et laisse complètement en suspens de nombreux aspects du film (Marina qu’on ne reverra quasiment plus par exemple). Et, tout à coup, avec une forme de grande ellipse sur tous ces thèmes laissés de côté, en fin de film, dans un happy-end improbable, Willy est montré tout à fait apaisé : il a son bac, il accepte la vente de la maison familiale, Marina l’attend sans doute à Angers. Sans guère convaincre, le film boucle ainsi la boucle, passant par-dessus nombre de questions qu’il avait pourtant commencé à aborder.
Et c’est d’autant plus regrettable que, sauf à la dénoncer de façon très lourde, le film dit bien peu de l’homophobie. Le film insiste sur le harcèlement que subit Jojo, mais il ne met pas en avant ce qui pourtant est un motif intéressant : son ami de toujours, Willy, accepte tout à fait cette révélation (il en veut simplement à Jojo de ne pas s’être confié mais il n’y a pas de rejet). Le message est alors considérablement réduit : le harcèlement fait des ravages, l’homophobie est un mal (Willy, le bac en poche, s’empresse de quitter sa petite ville où l’homophobie règne). Voilà donc ce que nous dit le film. La Pampa, qui avait sans doute davantage à dire, semble alors se résumer à un film à message dans le sens le plus caricatural du terme. On est un peu comme face à 12 Years a slave qui montrait, quelle surprise, que l’esclavage était atroce.
C’est bien dommage, les interprétations de Sayyd El Alami et de Amaury Foucher (mais aussi celle de Damien Bonnard dans un second rôle) sont très bonnes, avec des variations de tons pas facile à tenir. Mais le film reste bien loin des meilleures réalisations sur l’homosexualité (L’Inconnu du lac) ou sur la reconstruction après la mort (Manchester by the Sea), sujet riche mais uniquement abordé en creux (avec la compensation du père de Jojo ou l’équilibre final que trouve Willy, équilibre trouvé on ne sait trop comment et en très peu de temps mais c’est une autre question).


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