Une remarquable réflexion de Michel Mourlet, dans son petit article Cinéma, poésie et autres (1965) :
« Le
cinéma n’est pas une écriture ni une partition, la caméra n’est ni un stylo ni
un pinceau, c’est un regard qui choisit. C’est aussi pourquoi il est vain
de le comparer avec la poésie. La poésie est un envahissement du langage par l’être,
exprimant par mélanges, contacts, alchimie, des rapports subtils, secrets,
ténus, ou au contraire profonds, élémentaires entre les choses, entre l’homme
et les choses. Le langage alors ne désigne plus, ou désigne moins, il tend vers
l’être. La signification des mots prolifère, envahit le signe, opacifie sa
transparence, solidifie sa fluidité : la poésie crée sa matière.
Au
contraire, puisque la matière est donnée au cinéma, la beauté ne sera pas
reconstruite par le cinéaste, mais discernée, cernée par l’objectif :
contrairement au poète, au peintre, au sculpteur, le cinéma ne modifie pas, ne
transfigure pas, n’« exprime » pas, il sélectionne. A la vérité
interne que nous exigeons de toute forme d’art, il ajoute la vérité objective.
Le poète est le poète du langage, mais le cinéaste est le poète du réel. »
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