mardi 24 mai 2016

Psycho (G. Van Sant, 1998)




Le Psycho de G. Van Sant est un remake au sens le plus strict du terme. Il ne s’agit pas d’un remake simplement inspiré par le film de départ (par exemple Obsession de De Palma qui est un remake de Vertigo), mais d’un film qui reprend séquence par séquence (et quasiment plan par plan) Psychose, le film initial, et qui en garde les dialogues et même la musique. Il s’agit donc, au sens strict, d’un film maniériste, c’est-à-dire « à la manière de ». Le concept de maniérisme étant même poussé jusqu’à son point le plus extrême puisqu’il s’agit de refaire exactement le même film.

Anne Heche...
...reprend le rôle de Janet Leigh

Exactement pas tout à fait. C’est évidemment dans certains détails, qui différencient les deux films, que se situe tout l’intérêt du second.

Tout d’abord G. Van Sant choisit de ne pas reproduire le choc principal d’Hitchcock : la mort de son actrice star au tiers du film. Au-delà de la célébrité du film initial, qui peut avoir vendu la mèche même pour ceux qui ne l’ont pas encore vu, Van Sant décide de ne pas chercher à choquer le spectateur et à ne pas le laisser désemparé comme Hitchcock l’avait fait. Il choisit donc une actrice peu connue et, même, utilise une star (Viggo Mortensen) mais pour le rôle secondaire de Sam qui non seulement ne meurt pas mais permet d’arrêter Norman Bates. Le spectateur n’est donc pas sidéré comme avec Hitchcock par la mort de Marion : sa star est toujours dans le coup et pourra intervenir plus tard.
Ce choix est très révélateur : Van Sant s’adresse donc à des spectateurs qui ont déjà vu Psychose et pour lesquels, de toute façon, on ne peut reproduire le choc initial de la première vision du film. De même, à l’appui de cette idée, Van Sant sait très bien que les deux personnages de Marion Crane et de Norman Bates sont ancrés dans l’imaginaire du spectateur cinéphile qui ne cessera, inévitablement, de comparer Vince Vaughn et Anne Heche à leurs illustres prédécesseurs, Anthony Perkins et Janet Leigh. On se dit que l’idéal serait de pouvoir voir les deux films simultanément et ainsi goûter son plaisir, comparer, comprendre, rejouer pour soi chaque séquence.

Vince Vaughn...
...reprend le rôle de Norman Bates
Ensuite, malgré tout, Van Sant a modifié quelques séquences.
Il a d’abord tiré parti des évolutions techniques. Dès le plan-séquence d’ouverture, Hitchcock avait dû faire un raccord (habilement masqué mais raccord quand même) pour permettre à la caméra d’entrer dans la chambre où se trouvent Marion et Sam. Van Sant, avec les possibilités du numérique glisse sans problème et balaie les contraintes que subissaient Hitchcock. Autre exemple fameux : lorsque Hitchcock fixe l’œil mort de Marion gisant sur le carrelage de la salle de bain et qu’il s’en écarte lentement, on sait qu’il dût interrompre son plan-séquence par une vue de la douche pour reprendre ensuite le chemin de la caméra car Janet Leigh a bougé et qu’il fallut couper le clignement d’œil au montage. Van Sant s’amuse à faire tourner sur elle-même la caméra tant et plus – figure tournante qui poursuit la vue de la bonde de la baignoire où s’écoule une eau teintée de sang. Il semble ici que Van Sant ait réalisé ce qu’Hitchcock aurait fait s’il avait pu le faire.



Van Sant a également revu le montage des plans de la séquence de la douche, en rajoutant quelques plans, notamment des plans subliminaux (totalement absents chez Hitchcock) d’un ciel nuageux, d’un iris en très gros plan. Il fait de même lors du meurtre d’Arbogast où il insert des vues étranges (une femme nue masquée, un mouton perdu sur une route).
On constate aussi que les séquences les moins virtuoses, celles en classique champ-contre-champ sont très peu modifiées.
Van Sant a donc repris fidèlement la construction d’Hitchcock, se contentant de mettre son grain de sel sur les séquences les plus virtuoses ou les plus frappantes (les deux meurtres et aussi la révélation finale de la mère momifiée).

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