vendredi 9 août 2019

L'Eventail de Lady Windermere (Lady Windermere's Fan de E. Lubitsch, 1925)




Ce beau film muet constitue un magnifique exemple du talent de Ernst Lubitsch, avant qu'il n'emmène son univers vers le ton de comédie fine et précieuse qui sera sa signature. Ici Lubitsch prend ses personnage et leur univers au sérieux et construit un très beau personnage (Lady Erlynne), magnifique de solitude et de sacrifice.
Tout le film est centré autour de la connaissance parfaite par le spectateur des enjeux et de la réalité de ce qui se trame, tandis que les différents protagonistes, eux, croient seulement savoir mais ne savent pas tout : s’arrêtant à quelques détails (Lord Darlington voyant une lettre est persuadé que Lord Windermere trompe sa femme avec Lady Erlynne) ou s’arrêtant aux choses visibles (Lady Windermere qui se méprend sur la personne qui courtise Lady Erlynne et qui en déduit que c’est son mari). Il n’y a que le spectateur qui comprend et qui voit les personnages se méprendre, s’enfoncer dans leurs erreurs, prêter oreille aux ragots.
Chacun est pourtant tout à fait sincère et n’a nulle légèreté. Lubitsch l'exprime magnifiquement, par exemple dans ce très beau plan où Lord Darlington, après avoir avoué son amour pour Lady Windermere, s’éloigne d’elle – il sait son amour impossible – en même temps que la caméra dézoome et isole les deux personnages dans la gigantesque pièce.

Et l'éventail du titre revêt successivement – et très rapidement – plusieurs fonctions : c'est un cadeau, qui devient ensuite une arme, puis un indice de culpabilité et, enfin, un signe de sacrifice. Ce traitement magnifique signe la virtuosité du réalisateur qui, en quelques scènes, en quelques plans, joue avec l'éventail et le place au cœur du jeu social.
La toute fin, bien sûr, se permet un quiproquo délicieux sans lequel Lubitsch ne serait pas tout à fait Lubitsch.



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