mardi 4 mai 2021

The Gentlemen (G. Ritchie, 2020)



Avec The Gentlemen, Guy Ritchie cherche à revenir au ton de ses premiers films (celui d’Arnaques, Crimes et Botanique et de Snatch) où il mélange grosses pontes mafieuses, boxeurs du dimanche et petites frappes, passant des accents populaires et des pintes dans les pubs aux intérieurs anglais cosy. Et il assemble le tout dans une esthétique racoleuse du coup de coude où il joue à fond sur la complicité avec le spectateur. On retrouve donc ici tous ces ingrédients, y compris le montage qui joue d’allers et retours, de ralentis, de rembobinages, de zooms soudains, d’une caméra qui se promène en tous sens et avec, comme il se doit dans ce genre de films, des bons mots à foison et une play-list ad hoc.
Las, Ritchie a beau mélanger avec frénésie, la sauce ne prend guère : on est vite lassé par la narration prise en charge lors du tête-à-tête initial (entre Fletcher et Raymond), dans lequel le cabotinage de Hugh Grant devient peu à peu insupportable.
Et puis Ritchie ne s’embarrasse guère : comme son histoire, en fait, ne se déroule pas sous nos yeux – mais qu’elle nous est racontée, pendant les trois-quarts du film, par Hugh Grant –, il fait mentir l’image à qui mieux-mieux. Par exemple on nous montre une scène puis on nous explique que non, ce n’est pas ce qui s’est passé. Et de revoir la même scène mais telle qu’elle s’est déroulée. Cette façon de dessaisir l’image de sa puissance (puisqu’elle ne compte pour rien, seule compte la narration) est pénible et, surtout, déleste le spectateur du moindre rôle. Il ne peut rien faire d’autre que subir puisqu’il ne peut même plus croire ce qu’il voit. Le prendre au dépourvu est dès lors d’une facilité très malhonnête. On notera la différence avec tant de réalisateurs (de Ford à Argento) qui ont pu nous montrer que l’on voyait mal, que l’on avait tout sous les yeux mais sans rien voir (en nous remontrant, sous un autre angle, ce que l’on n’avait pas su voir, ou en nous décryptant l’image). Mais ici, le spectateur ne fait pas d’erreur : il voit correctement, c'est ce qu’on lui montre qui est faux.
Mais cette manière de faire, qui inclut une fin de film pleine d’intertextualité (puisque le même Hugh Grant propose l’histoire qu’il vient de nous raconter à un producteur de cinéma), est une façon d’avouer que le film est d’une vacuité étonnante. Cette histoire abracadabrantesque, en effet, racontée de façon légère et moqueuse, une fois démêlés les effets de manche grandiloquents qui emberlificotent la narration, ne dit pas grand-chose et ne mène nulle part.

 

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