samedi 29 juin 2024

Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines (Those Magnificent Men in their Flying Machines, or How I Flew from London to Paris in 25 Hours and 11 Minutes de K. Annaki, 1965)

 



Comédie anglaise sympathique mais sans grande surprise de Ken Annakin. Le ton léger rend le film assez peu captivant, sur un sujet qui, en soi, est pourtant passionnant (en 1910, les avatars des premiers aéroplanes dans une course destinée à traverser la Manche).
On sera davantage intéressé par la distribution internationale qui nous donne le plaisir de voir cohabiter des acteurs aussi variés que Jean-Pierre Cassel, Alberto Sordi, Sarah Miles, Stuart Whitman, Gert Fröbe ou encore Benny Hill. Cela dit la plupart d’entre eux cabotinent terriblement, influencés bien sûr par le ton du film mais aussi peut-être par la concurrence entre tous ces acteurs qui se marchent un peu sur les pieds.




jeudi 27 juin 2024

Un espion de trop (Telefon de Don Siegel, 1977)

 



Film d’espionnage qui a assez mal vieilli, Un espion de trop part d’une idée intéressante (les espions dormants qui sont réveillés, même si ici leur endormissement confine à la science-fiction) mais, pour le reste, il n’y a rien de bien original et captivant. La faute peut-être à une réalisation trop mollassonne de Don Siegel et à un Donald Pleasence – qui joue le méchant terroriste – étonnamment décevant, sans doute coincé dans un rôle où il ne peut s’exprimer. Face à lui Charles Bronson, fidèle à son jeu taiseux et massif, ne peut guère apporter de contrepoids dynamique.

 


mardi 25 juin 2024

Le Lac des morts-vivants (J. Rollin, 1981)

 



Il y a peu de choses à retenir de ce film d’exploitation, si ce n’est d’y trouver réunis tous les ingrédients qui, mis ensemble, sont prévus pour performer au pays des nanars : des femmes nues (dès les premières minutes, histoire d’hameçonner comme il se doit le spectateur), des monstres zombiesques, une histoire de nazis sur le retour. Cela suffit pour Jean Rollin (qui signe le film sous un pseudonyme...), réalisateur cornaqué par Marius Lesœur, le producteur inventif et sans limite d’Eurociné, société spécialisée dans le cinéma d’exploitation. Ici ces ingrédients sont allègrement mélangés pour donner corps – si l’on veut – à ce film très mauvais, à très petit budget, qui n’a ni queue ni tête mais qui a fait le job : il est le film le plus rentable de la société de production parmi la centaine produite.
On notera même une version destinée à l’étranger et qui est censurée comme il convient : les femmes au torse nu dans la version originale se voient affublées d’un petit haut qui cachent les seins que l’on ne saurait voir.
Cela dit il faut bien remettre le film dans son époque : celle des petits cinémas d’exploitation (dans les grandes villes notamment) qui passaient en continu ce genre de productions. On n’est pas bien sûr qu’il faille regretter ces salles qui, en un cercle vicieux, incitaient à produire des films très bas de gamme, destinés à les remplir. Sauf peut-être en ce qui concerne les affiches, souvent très abouties et éloquentes. Mais c’est bien normal, elles sont l’appât au bout de l’hameçon qui devaient inciter le spectateur à payer son billet.



samedi 22 juin 2024

Eurociné 33 Champs-Elysées (C. Blier, 2013)

 



Documentaire passionnant sur la société de production Eurociné de Marius Lesœur qui produisait des films d’exploitation à la chaîne, en particulier dans les années 70 et 80.
On y découvre les recettes permettant de faire des films sans argent et sans talent, en recourant à des méthodes très imaginatives pour faire des économies. Cela va de la réutilisation des mêmes décors ou des mêmes costumes pour des films différents ou de la transformation de la maison familiale en studio (on retrouve la même chambre, décorée différemment, dans de multiples films), jusqu'à l’utilisation d’extraits de films précédents dans de nouveaux films. Et, bien sûr, l'équipe a recours à l’imagination, à la débrouille et au bricolage, lors du tournage, pour produire tel ou tel effet pourvu que ce soit à moindre coût.
Bien entendu ce cinéma, loin des grands studios et des acteurs professionnels, loin des critiques et du grand art, n’est qu’une utilisation du medium pour faire de l’argent, réduisant le cinéma à un produit industriel basique qu’il faut à toute force continuer de rendre rentable, quelle que soit la qualité de ce qui est montré à l’écran. Alors, bien sûr, derrière la curiosité du documentaire souvent savoureux, on ne peut oublier que les films ainsi réalisés, s’ils continuent d’exister dans le royaume des nanars auprès des fans ad hoc, sont ce que le cinéma a pu produire de plus mauvais et restent, évidemment, très difficiles à regarder.




mercredi 19 juin 2024

Du sang et des larmes (Lone Survivor de P. Berg, 2013)

 



Film de guerre très classique, où Peter Berg ne propose guère plus que les séquences habituelles, avec un déroulement lui aussi déjà bien souvent rencontré. Le réalisateur part sur des bases très caricaturales (les gentils américains cools, les méchants talibans sévères), même s’il adoucit son propos en fin de film (avec les pachtounes qui permettent de montrer des mains tendues entre les peuples), mais tout cela reste très simpliste. Cela dit, là n’est pas le propos : le réalisateur n’a pas de discours particulier sur la guerre, simplement il filme tantôt de l’action avec un soucis de réalisme, tantôt il se fixe sur les visages marqués des soldats. A grands coups de gros plans qui étalent les balafres toujours plus sanguinolentes, l’image cherche à donner un réalisme cru, comme cela se fait bien souvent dans le cinéma actuel.
La réalisation épouse donc les canons modernes avec, en plus de ces gros plans convenus, des ralentis attendus (c’est-à-dire des ralentis que l’on craint de voir survenir et qui arrivent effectivement), quelques accélérations (lorsque les soldats se jettent dans le vide le rythme de la chute joue d’accélération et de décélération), le tout saupoudré de séquences au montage très rapide pour illustrer le cœur violent des combats acharnés. Rien n’est très original, donc, dans ce film de genre qui raconte bien peu de choses et ne montre rien que des images vues et revues.



lundi 17 juin 2024

Papillon (F. J. Schaffner, 1973)

 



Classique du film d’évasion, Papillon est sans doute trop conventionnel et sans surprise même s’il se suit sans déplaisir. Schaffner donne assez peu de rythme et se repose un peu trop sur le charisme de Steve McQueen et sur la composition plus complexe de Dustin Hoffman.
On retrouve ici, en mode mineur mais avec la même idée vissée au crâne, le fameux personnage de Hilts 
dans La Grande évasion – campé lui aussi par McQueen –, personnage qui, lui aussi, multipliait les tentatives d'évasion. Ici Papillon est puni jusqu’à plus soif (mais sans tension : on sait bien qu'il va se sortir de cette épreuve, qu’il ne va pas mourir enfermé et affamé) et son itinéraire, avec cette dernière partie sur l’île du Diable, est saisissant. La fin, en forme d’ellipse, est réussie : en choisissant de ne montrer que l’amorce de l’évasion qui réussira, Schaffner fait en sorte qu’elle reste, pour le spectateur, un horizon.

 

samedi 15 juin 2024

Starship Troopers (P. Verhoeven, 1997)

 



Sous ses dehors de film de guerre kitsch et outrancier (l’esthétique du film évoque la S-F des années 60 et Paul Verhoeven montre à foison des corps éclatés et déchiquetés), Starship Troopers suit son idée et parvient à traverser les différents échelons militaires, depuis les soldats sacrifiés de l’infanterie jusqu’aux manipulateurs tout en haut de l’échelle, en passant par les officiers pilotes.
Le film peut se voir comme une diatribe virile et guerrière et, dans ce sens, il annonce, avec une préscience étonnante, la seconde guerre d’Irak et la traque de Ben Laden dans les grottes afghanes. L’idée des ennemis qui sucent le cerveau est une métaphore très riche et très bien vue.
Mais le discours à l’encontre du complexe militaro-politique américain est très violent et l’on a du mal à comprendre les accusations portées contre Verhoeven (le film serait va-t-en-guerre) : les tortures infligées au Cerveau en fin de film (avec la belle idée du reportage télévisé censuré) parlent d’elles-mêmes, de même que l’accoutrement de Carl – devenu une des têtes pensantes du système et n’hésitant pas à sacrifier des soldats en masse – qui, avec sa cape de cuir noire, renvoie à l’image des pires dirigeants nazis.



mercredi 12 juin 2024

Le Silencieux (C. Pinoteau, 1973)

 



Intéressant film d’espionnage de Claude Pinoteau, même si le rythme est assez décousu et que l’ensemble est très austère et taiseux. Mais cette chasse à l’homme (qui met un peu de temps à se déclencher) prend forme et emmène le spectateur de Londres à Paris.
Il faut reconnaître néanmoins que le film repose beaucoup sur Lino Ventura, alors en pleine gloire (l’acteur tourne à cette époque plusieurs films par an, jusqu’à cinq pour cette seule année 1973).

 



lundi 10 juin 2024

Donnie Darko (R. Kelly, 2001)

 



Très intéressant film de Richard Kelly, où s'installe très progressivement une ambiance qui intrigue dans un premier temps puis se déploie à mesure que le scénario joue avec les incertitudes et les ellipses. Le film, alors, devient à la fois sensible, étrange et monstrueux, oscillant sans cesse entre teen movie et science-fiction.
La construction du film est remarquable jusqu’au bout, avec la révélation finale (on ne comprend que très tard l’origine de ce lapin monstrueux qui hante Donnie) et la clef du décompte qui scande le film.
Jake Gyllenhaal, révélé par le film, joue un Donnie tout en intériorité, comme il sait parfaitement le faire.
Le film offre de multiples lectures, depuis l’explication rationnelle (on voit le vortex entre les univers qui se développe au-dessus de la maison) jusqu’aux interprétations irrationnelles (le film se développant autour de la schizophrénie de Donnie) ou même métaphoriques : le film n’est peut-être qu’un portrait d’un mal-être adolescent. Le déplacement de l’intrigue dans un passé récent (elle se situe en 1988, en pleine campagne présidentielle de Bush père) a des connotations autobiographiques et Kelly laisse habilement en suspens l’interprétation, donnant assez d’éléments pour que chacun puisse ressentir le film comme il l’entend et réfléchir à loisir au rire final de Donnie.

 



jeudi 6 juin 2024

La Race des Seigneurs (P. Granier-Deferre, 1974)

 



Film politique sans grande originalité même si le sujet classique des renoncements qu’impose la politique est abordé avec un pas de côté. En effet c'est souvent l’intégrité qui est mise à rude épreuve pour gagner politiquement, mais ici Julien Dandieu doit choisir entre sa maîtresse et sa carrière. Cela dit on a quand même beaucoup de mal à croire en cette histoire d’amour entre le député dynamique et plein d’avenir (campé par Delon qui plus est) et la poupée guère attachante dont il est éperdument amoureux. Il faut dire que le scénario autant que l’interprète (Sydne Rome est très fade) n’aident pas à nous convaincre.
Le dénouement final, révélant une sincérité à laquelle on ne croyait guère, peut néanmoins surprendre.



mardi 4 juin 2024

Rencontres du troisième type (Close Encounters of the Third Kind de S. Spielberg, 1977)





Important film de Steven Spielberg, dont beaucoup d’images reviendront dans les films de science-fiction des décennies suivantes (à commencer par ceux de Spielberg lui-même, dont le E.T. est un des descendants les plus directs).
Avec du recul, on est malgré tout surpris par le grand succès du film : Spielberg est bien loin de faire un film facile et destiné au plus grand nombre. Certes il n’y a pas d’austérité, mais on est loin du grand spectacle (ce que la science-fiction promet souvent) ou du film calibré pour réussir et empli de bons sentiments (comme le sera E.T.). Une grande partie du film est centrée sur l’obsession de Roy (très bon Richard Dreyfuss) : Roy qui rumine, cogite, s’aliène. Les fameuses séquences où il voit sans cesse le piton rocheux qui l’obsède sans parvenir à le définir (dans la mousse à raser, la purée, etc.), jusqu’à en construire une maquette géante au milieu du salon, sont mémorables.
Si quelques séquences sont magistrales (notamment le moment de la rencontre de Roy avec les vaisseaux spatiaux) et si le talent et la manière de faire de Spielberg éclatent à chaque instant, on regrette la fin décidément trop sucrée (et il est bien regrettable que l’on voie tant les extra-terrestres).

 



samedi 1 juin 2024

Yannick (Q. Dupieux, 2023)

 



S’appuyant sur l'étonnant Raphaël Quenard, Quentin Dupieux, comme souvent, fait glisser avec aisance son film du normal vers l’improbable. Hélas, comme souvent, là aussi, il manque un ressort au film, comme une idée supplémentaire pour l’emmener un peu plus loin. Après l’idée de départ qui fait office de détonateur (un spectateur qui interrompt la représentation théâtrale), le scénario patine. Comme si Dupieux, excellent quand il s’agit de faire dérailler les choses, ne savait jamais trop où les emmener, une fois sorties de la route habituelle. Il emprunte des ornières surprenantes mais qui ne mènent nulle part.
On notera d’ailleurs que le film est très court (à peine plus d’une heure), ce qui semble illustrer cet essoufflement que l’on ressent trop souvent dans ses nombreux films.