
Film surprenant de Jean-Christophe
Meurisse mais qui, sous des dehors volontiers choquants, est finalement assez décevant.
Le film développe pourtant un scénario
qui part dans plusieurs directions et qui s’ingénie à faire se croiser les
personnages, souvent dans des moments d'abord comiques qui deviennent ensuite plus grinçants à mesure que la scène s'étire. Certaines séquences sont très réussies et drôles mais d’autres en
revanche ne prennent pas du tout (les colères soudaines dans le jury de rock ou le dîner
familial au restaurant, faussement acide et en fait très banal). Et Meurisse
n’hésite pas, dans des séquences qui se veulent outrancières et choquantes, à
secouer le spectateur avec le ministre drogué et violé (le film propose ici une
version française du redneck dégénéré de Delivrance) ou l’adolescente Louise d’abord violée puis vengeresse
qui émascule bientôt son bourreau. Certaines scènes relèvent du film de genre,
tout en lorgnant du côté de Tarantino (Pulp Fiction, par exemple, est clairement cité). Mais ce qui gêne le plus, peut-être,
dans le film, c’est que derrière une image qui se plaît à aller jusqu’au trash le plus gore, le discours du réalisateur est bien loin
d’être subversif. Et ce qui pouvait être un joli jeu de massacre tombe finalement à l’eau.
En effet, l'on s’aperçoit peu à peu que le film, bien loin d’aller jusqu’au bout
de son idée, finit par retomber sur des bases bien sages : les gentils s’en
sortent, les vilains sont punis. Et même le couple de vieux endetté, s’il se
suicide, n’est pas accablé : dans une belle séquence, leur mort est filmée
avec une sérénité douce-amère qui dénote au milieu de scènes beaucoup plus violentes.
Le film ensuite, propose même une succession de
conclusions qui viennent appuyer la bonne morale : le ministre vicieux et cynique est
définitivement humilié, le pervers fou martyrisé, Louise vengeresse est
innocentée. Tout retombe bien sagement sur ses pieds. De sorte que cette volonté de choquer
n’en est pas une : il n’y a que l’image qui est subversive et volontiers trash, alors que le discours reste lui politiquement correct, en allant même très loin dans ce sens avec Louise qui va
jusqu’à chercher l’approbation du spectateur par un clin d’œil de connivence très
malvenu. Malgré les apparences, il semble donc que le réalisateur n’ait pas grand-chose à dire. Et c’est là, sans doute, que Meurisse fait
fausse route : il est bien difficile de choquer tous azimuts tout en ayant une
morale impeccablement bien-pensante.
Si le ministre avait retourné à son
avantage son viol (retournant finalement le retournement
qu’il subit), la chose aurait été autrement acide ; si le détraqué sexuel émasculé
s’en était sorti tandis Louise avait pris quinze ans de prison (au lieu d’être
libre et acclamée par les féministes), là aussi le malaise aurait été autrement
plus grand. Tout le contraire, finalement, de ce que fait le film, qui réhabilite les bons et achève les méchants. Et comme l’avocat jusque-là
falot sauve finalement Louise, alors le film se devait de punir le chauffeur de taxi qui
l’avait humilié. Ce qu’il ne manque pas de faire dans le générique de fin. La
morale est sauve et les salauds sont punis. Ce n’est pas précisément l’idée que
l’on se fait d’un film corrosif.