
Film dont l’argument très simple est
l’occasion pour Coralie Fargeat de développer une esthétique assez singulière.
L’image, en effet, est souvent saturée et colorée, sur-pixelisée et glaçante
(renvoyant à l’esthétique de films comme Barbie ou The Neon Demon par exemple). Mais c’est l’envers de ce décor superficiel et brillant de
couleur froide qui fait l’intérêt principal du film : la réalisatrice
cherche à saisir la déchéance du corps qui s’impose peu à peu, à mesure qu’Elisabeth,
droguée à ses injections de jouvence, en paye le prix toujours plus violemment.
La caméra, alors, capte en gros plan ce corps monstrueux et dévasté qui renvoie
directement à La Mouche (lorsque le
pauvre Brundle disparaît sous les difformités de ses chairs) et à Elephant Man, même, dans une dernière
séquence largement outrancière, grand-guignolesque et qui n’en finit pas.
Si le film, certes, va au bout de
son idée, on comprend très vite où veut en venir la réalisatrice à caricaturer
ainsi la société d’apparence. Et comme elle choisit pour héroïne une
présentatrice télé d’une émission de mise en forme où le corps est tout et
qu’elle l’entoure de personnages qui sont autant de caricatures – depuis le
producteur télé jusqu’aux petits copains de passage –, le message est délivré
avec une lourdeur très pesante. D’autant plus que l’on sait bien que la
cure de jouvence ne va pas bien se passer.
À cela s’ajoute, il faut bien
l’avouer, un propos d’une grande banalité sur le corps d’une femme mure en
train de se flétrir (même si le choix de Demi Moore pour le rôle est très bien vu
puisqu’un parallèle inévitable se fait entre l’actrice et son personnage). Et
si l’on voit bien l’outrance et le second degré, cela ne suffit pas vraiment
pour convaincre. La lourdeur répétitive du film le rend peu passionnant et
l’exubérante fin ne captive guère. Rappelons, par exemple, que la fin tout
aussi exubérante de La Mouche – pour
reprendre cet exemple fameux qui est ici source d’inspiration – n’est pas
qu’une déferlante grand-guignolesque : Cronenberg, en montrant la fusion de Brundle et de la mouche en une entité qui n’existait
pas, sert le propos du film. Ici, on ne voit pas bien où cela mène, si
ce n’est à laborieusement boucler la boucle avec la forme sanguinolente qui
rampe jusqu’au Walk of Fame initial, comme si rien ne devait être épargné au
spectateur en termes de symboles. C’est bien dommage : même au second
degré, le manque de finesse reste toujours pesant pour le spectateur.
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