mercredi 13 novembre 2013

Matrix (The Matrix de A. et L. Wachowski, 1999)




Important film de science-fiction des années 2000, Matrix (ainsi que ses deux suites, qui, si elles cherchent à boucler la boucle, sont nettement moins réussies) a beaucoup marqué à la fois les spectateurs mais aussi les critiques, puisque le film a soulevé nombre d’exégèses. Il faut dire que l’idée de départ est excellente avec cette idée de matrice qui construit une illusion dans laquelle les hommes baignent. Le film semble une expression de l’idée beaudrillardienne du simulacre, comme quoi tout n’est pas ce qui semble être et que l’essentiel, c’est-à-dire la réalité de ce qui est sous les choses, n’est pas montré. Ce qui nous est montré n’est qu’un leurre. Le livre Simulacres et stimulation, de Jean Beaudrillard est d’ailleurs clairement cité.


Le film est alors une version imagée de l’allégorie de la Caverne de Platon, où s’opposent le monde tel que nous le voyons, qui est illusoire, et le monde intelligible que seuls les initiés peuvent connaître. Le monde que nous connaissons n’est qu’une illusion nous disent alors les frères Wachowski.
Le film va même plus loin puisqu’on peut poser la question des rebelles (réunis autour de Morpheus et de Néo) qui viennent combattre la Matrice : ils ne sont sans doute qu’une émanation de la matrice elle-même, un bug informatique si l’on veut, qui consiste à donner aux hommes l’illusion qu’un changement est possible, leur donner l’illusion qu’il est possible de s’échapper.
On retrouve alors l’idée que la révolution dont Néo est porteur n’est pas un réel changement mais qu’elle est au contraire nécessaire pour garder l’ensemble du système en équilibre. On retrouve là une idée classique selon laquelle la révolution n’est qu’une illusion de changement (la BD S.O.S. Bonheur l’exprime par exemple très bien).
Le film joue sur d’autres aspects philosophiques, notamment l’existentialisme, abordé par la question du choix individuel. L’univers de la matrice se devant d'être réaliste pour continuer de donner aux hommes l’illusion du choix. La Dialectique du maître et de l’esclave de Hegel, trouve une résonance au travers des machines qui maintiennent les hommes endormis mais qui se doivent, par moments, de leur laisser des illusions pour ne pas qu’ils s’éveillent et pour qu’ils continuent d’accepter l’illusion de la Matrice.
On s'arrêtera peut-être un instant sur le traître, qui voudrait ne pas connaître la réalité et préférerait vivre dans l'illusion, sans une question, regrettant de n'être pas un simple d'esprit (« Heureux les simples d’esprit »).


Formellement le film est très innovant puisqu’il part de la chorégraphie que l’on trouve typiquement dans les combats des films d’arts martiaux de Hong-Kong, mis au goût du jour par des effets spéciaux efficaces. Ainsi les fameux bullet-time, réalisés avec une armada d’appareils photographiques synchronisés et dont l’image, ensuite, est traitée par ordinateur. Aujourd’hui, à l’ère du numérique, tout cela semble simple à réaliser, mais il s’agissait alors d’une belle avancée avec un rendu visuel spectaculaire. Bien sûr l’intrigue ne va pas sans quelques simplifications ou caricatures (la plus regrettable étant qu’elle enferme chaque personnage dans un rôle) mais, au-delà des réflexions que le film peut proposer, il est aussi un film d’action efficace. Ce fut ce second point, évidemment, qui fut d’abord à l’origine de son succès.

Choix entre une vérité désagréable ou d'une tranquille ignorance

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