vendredi 26 juin 2015

Scarface (B. De Palma, 1983)




Cette revisite du film de Howard Hawks est devenue culte aujourd’hui, non pas tant pour ses qualités intrinsèques (bien que le film soit volontiers imprégné du brio de Brian De Palma) que par Tony Montana, le personnage incarné par Al Pacino, avec son accent forcé (1), son cabotinage incessant et, bien sûr, son improbable destin. C’est que le récit de cet immigré cubain, sans foi ni loi qui devient brièvement chef de la pègre, offre une version dégénérée du rêve américain. L’Amérique reaganienne est ainsi filmée avec une outrance délirante et névrosée.



De Palma déplace l’intrigue de Chicago à Miami, laisse de côté les mafieux italiens pour vadrouiller du côté des trafiquants cubains qui prospèrent dans les années 80. Avec ses couleurs criardes, ses chemises bariolées, sa musique disco, son ambiance kitsch et pleine de mauvais goût, Scarface prend le contre-pied des codes du polar dont il est issu et qu’une succession de films fondateurs – du Scarface de Hawks au Parrain de Coppola en passant par les polars de Mervyn LeRoy, William Wellman ou Raoul Walsh – avaient fixés. En ajoutant à cela une dimension baroque et excentrique – qui n’hésite pas à barioler les murs de sang – due à la patte de De Palma, Scarface installe une esthétique nouvelle qui va considérablement influencer le genre.



C’est ainsi que Scarface malgré son outrance et son aspect kitsch très démodé, est un des films incontournables des années 80.



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(1) : La voix française de Al Pacino, pourtant épouvantablement forcée, a paradoxalement contribué au succès du film en France, du fait des répliques assénées avec cet accent caricatural, qui fait glisser le film vers le cartoon.

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