Quand on aborde un film sur le monde de l'entreprise, on espère
sortir un peu des clichés habituels, systématiques et réducteurs (ouvrier
gentil, patron exploiteur et méchant). Et, il faut dire, malgré quelques désignations
caricaturales (ouvrier houspillé derrière sa machine, syndicaliste ulcérée qui
invective tout le monde), l’accroche du film parvient à brouiller un peu les cartes. On suit en
effet les débuts de Frank en tant que stagiaire auprès du DRH, dans
l’entreprise où son père est ouvrier. Bien sûr ses amis d’enfance sont ouvriers
et lui est un futur cadre. Frank est un gentil, plein de bonnes intentions
(évidemment, on le comprendra vite : il est avant tout un ouvrier, né du
bon côté de la barrière, même si une question se pose : va-t-il devenir
infréquentable ?). Et le film a la bonne idée de s’inscrire dans une actualité
complexe (le passage aux 35 heures). Si le DRH est vite assez fidèle à l’image
qu’on s’en fait, le patron est d’abord assez bonhomme et a avec Frank un côté
paternel et bienveillant. On se dit alors que les jolis petits clichés
habituels vont être affinés et que le film va venir bousculer un peu les
représentations.
Mais en fait Frank est jeté dans un panier de crabes.
En effet, si le patron n’est pas montré immédiatement comme
un salaud (à l’inverse de films sans grande finesse comme Le Capital ou La Loi du marché), finalement tout retombe sur ses pieds : derrière ses
accolades bienveillantes, le patron n’est qu’un beau salaud qui ne pense qu’à virer
des employés, et la syndicaliste, qu’on a trouvé excessive un peu plus tôt,
avait en fait raison. Les ouvriers sont gentils et les patrons sont à jeter aux
orties (1). Ouf, on respire.
Il y a donc une grande déception (malgré de belles séquences : l’affrontement final père-fils est très réussi) puisque le film, loin de venir amender les images caricaturales de départ, utilise quelques détours pour mieux les renforcer. Loin de chercher à sentir les complexités du monde de l’entreprise, le film fait dans les grands découpages : gentils contre méchants, ouvriers exploités contre cravatés dédaigneux, lutte des classes, etc. Rien de bien nouveau, rien de bien intéressant. Tout ça pour ça, se dit-on avec regret.
Il y a donc une grande déception (malgré de belles séquences : l’affrontement final père-fils est très réussi) puisque le film, loin de venir amender les images caricaturales de départ, utilise quelques détours pour mieux les renforcer. Loin de chercher à sentir les complexités du monde de l’entreprise, le film fait dans les grands découpages : gentils contre méchants, ouvriers exploités contre cravatés dédaigneux, lutte des classes, etc. Rien de bien nouveau, rien de bien intéressant. Tout ça pour ça, se dit-on avec regret.
C’est d’autant plus dommage que le film contenait un autre sujet,
bien plus intéressant en réalité, celui de l’affrontement entre le père et le
fils. Et ce alors que l’interprétation est excellente : Jalil
Lespert dans le rôle principal et Jean-Claude Vallod dans le rôle du père de
Frank, qui parviennent à donner une grande épaisseur dramatique à leurs
personnages. Le film aurait sans doute gagné à laisser davantage de côté la
caricature sociale pour se recentrer sur cette opposition père-fils, avec l’éclatement
de leurs conceptions du monde (un monde figé pour le père, un monde en
mouvement – en progrès ? – pour le fils). Et le point superbe qui est
soulevé à la fin – la façon dont le père reporte sur son fils ses espoirs et
ses aspirations (quitte à les abandonner pour lui) et la façon dont le fils a
hérité certaines conceptions de son père (quitte à les rejeter) – méritait un
film à lui tout seul.
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(1) : Comme dans d’autres films
(notamment Le Goût des autres), les
bourdieusiens seront ravis de trouver dans Ressources
humaines des représentations fidèles des habitus culturels chers au sociologue
sur les dominants et les dominés. Cantet s’est bien appliqué à réciter sa leçon
sur ce point.
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