vendredi 29 mars 2019

Rusty James (Rumble Fish de F. F. Coppola, 1983)




Après son échec de Coup de cœur, Coppola enchaîne avec des histoires d’adolescents (Rusty James et Outsiders). Il faut dire aussi que l’état de ses finances (et de celles de sa société de production Zoetrope Studios) l’empêche de se tourner vers des récits ambitieux comme par le passé.
Ici il s’en remet donc à une histoire très simple (l’adolescent Rusty James cherche à ressembler à son grand frère, ancien chef de bande, et surtout pas à son père alcoolique) mais il ne renonce pas le moins du monde à sa mise en scène voyante, quasi-expérimentale et à sa passion pour la technique (dont la débauche avait plombé Coup de cœur). C’est que, dans Rusty James, chaque image est esthétisée, chaque plan est travaillé, chaque profondeur de champ est explorée, quand des touches baroques, colorées, étranges, viennent transformer le film en une étrange poésie, lente et triste, un peu perdue loin du monde.
Cette jeunesse qui se cherche est parfaitement exprimée avec l’admiration sans borne de Rusty James pour son frère aîné et sa volonté de lui ressembler quand, dans le même temps, cet aîné renie justement ce qu’il a fait. Dès lors, les vies paraissent bien vaines et futiles, achevées avant même que d’avoir pu commencer. Le jeu absent et lointain de Mickey Rourke, qui campe un Motorcycle Boy au visage d’ange déchu, donne une teinte poétique désenchantée et même mortifère au film. Rarement on aura exprimé si parfaitement l’absence d’espoir de ces jeunes désœuvrés et condamnés à un univers violent et solitaire, sans porte de sortie vers un autre monde (le père alcoolique étant une terrible image de ce qui les attend).



Rusty James confirme ainsi la virtuosité et l’ambition formelle intacte de Coppola, quand bien même il est perdu au milieu de ses déboires financiers qui le bornent à des récits assez simples.

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