samedi 2 mai 2020

Grizzly Man (W. Herzog, 2005)



L’histoire de Timothy Treadwell, que raconte Grizzly Man, a sans doute intéressé Werner Herzog parce qu’elle est jusqu’au boutiste : en allant vivre auprès des ours, oubliant le bon sens des risques encourus, Treadwell se met en danger et flirte, sans cesse, avec la limite. Or Herzog lui-même a titillé cette limite, sans la franchir tout à fait, lors de ses tournages terribles d’Aguirre ou de Fitzcarraldo. Perdu dans la jungle, ses crédits de tournage épuisés, mais avec une ambition intacte et une démesure folle (faire passer un bateau à travers la forêt dans Fitzcarraldo), Herzog a connu l’archétype du tournage sans filet, sans retenue. L’histoire de Treadwell, qui s’enfonce lui aussi dans la nature sans filet, procède du même état d’esprit, du même regard sur le monde : celui de Cortés qui brûle ses bateaux pour ne pas être tenté de repartir.

Mais, au-delà de cet intérêt du réalisateur pour son sujet, le documentaire s’avère assez décevant. Il montre beaucoup Treadwell lui-même qui se filme au contact des ours, mais sa démarche paraît très superficielle et aléatoire (les protéger, les étudier ?). Si l’engouement médiatique autour du personnage a pu faire parler des ours, on se demande ce que ses études ont pu apporter que les biologistes ignoraient. Tout cela, au-delà d’une « recherche personnelle » est assez vain. Et tout cela – inévitablement est-on tenté de dire – se finit forcément tragiquement.
Il faut dire aussi que Treadwell n’est pas Herzog et que le documentaire – qui fait la part belle aux propres vidéos de l’amateur de grizzlys – manque d’images d’Herzog lui-même. S’il met en scène plusieurs interviews, le tout manque de passion et le rapport à la nature reste très superficiel. On nous parle de communion avec la nature mais l’on ne communie pas du tout ; on nous parle de folies mais l’image n’est pas folle.
On retrouve d’ailleurs l’idée, avec les mêmes limites, qui traversent Into the Wild de Sean Penn, où les belles idées d’un retour vers la Nature à la Thoreau se conjuguent à l’inconscience et à la disparition du bon sens, le tout avec la même issue fatale.

On préférera largement le documentaire d’Herzog sur la grotte Chauvet – La Grotte des rêves perdus – où le cinéaste est bien plus inspiré et il fait vibrer bien davantage les peintures accrochées aux rochers et cherchera plus à creuser les choses, à les faire rimer avec quelques vibrations internes.



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