Magnifique film de Raymond Bernard qui jette ses personnages
dans l’enfer des tranchées. Sans trop jouer sur le pathos (on ne sait que peu
de choses des soldats que l’on suit, le réalisateur ne cherchant pas à nous
identifier plus avant à l’un ou l’autre), le film joue sur le réalisme des
combats et des tensions. À une séquence d’attente terrible (les soldats qui
doivent attendre à leur poste alors que les allemands creusent une galerie de
mine) succèdent les incroyables séquences de combat, violentes et très longues.
Immersives et happantes, leur longueur signifie en elle-même la folie qu’elles
engendrent, la disparition des repères, la déconnection du soldat, pris dans le
déferlement incessant des explosions. Et les copains qui meurent, ici, là, un
autre blessé, un autre fauché, tout cela ne s’arrête jamais.
Sans autre récit que ce gigantesque entonnoir dans lequel
tous s’embourbent, Raymond Bernard ne raconte pas la prise d’une colline ou un
fait de guerre, il laisse sa caméra errer sur le no man’s land, comme les
blessés hagards qui s’y recroquevillent.
Si les films de guerre abordent régulièrement ce regard sur
les combats – un regard qui consiste d’abord à perturber le spectateur et à l’emmener
au front, avant même de raconter une histoire (par exemple Requiem pour un massacre de Klimov) – Les Croix de bois fait figure de précurseur.
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