lundi 15 janvier 2024

Les Grandes Gueules (R. Enrico, 1965)





Très bon film de Robert Enrico, qui nous emmène dans une scierie perdue dans la forêt des Vosges. On compte assez peu de films français mêlant ainsi amitié et aventure, tout en s’apparentant, sur bien des aspects, à un western à la sauce française.
C’est que, du western, Les Grandes gueules reprend bien des éléments, autant dans les thèmes du récit (la confrontation à une nature difficile et rude, le combat entre un petit exploitant et un gros industriel) qu’au niveau des personnages (les multiples bagarres, le rejet des étrangers par les bons citoyens, les tensions dans le bar, la camaraderie progressive des repentis, la vengeance sous-jacente).

Le film s’appuie sur une belle galerie de personnages au milieu desquels Hector Valentin s’active comme il peut, en patron volontaire et coriace. On notera l’exceptionnelle performance de Bourvil qui, entre Le Corniaud et La Grande vadrouille – rôles comiques s’il en est –, montre ici son talent extraordinaire : il compose un personnage dont la sincérité – sincérité à la fois triste et butée – saute aux yeux du spectateur. L’équilibre avec Lino Ventura est parfait : ce dernier construit un personnage complexe – qui joue sur des ressorts d’amitié alors qu’il vient, en réalité, pour se venger – donne une dimension supplémentaire au récit. L’amitié virile qui semble vouloir se dégager est biaisée et conduit le récit vers le drame.

Il en ressort une tonalité très sombre où tout semble vain : la scierie échoue à se maintenir, l’amitié possible est fracassée par les manigances et les désirs de vengeance.





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