lundi 7 juin 2021

Barbe-Bleue (Bluebeard de E. Ulmer, 1944)

 


Edgar Ulmer, roi des séries B et parfait contrebandier, distille une étonnante atmosphère pour parvenir à cerner parfaitement son personnage de Barbe-Bleue : pour cela il réduit l’univers entier à celui qui entoure au plus près son personnage, l’enfermant dans son obsession incontrôlable. C’est un peu comme si rien n’existait en dehors de ses pulsions, maitrisées tant bien que mal et qui reviennent par bouffées. Le film, avec son Noir & Blanc, ses tons brumeux inquiétants, ses intérieurs de bois, ses marionnettes, son raffinement, créé cet univers si particulier qui semble une expression du cerveau malade de Gaston Morel. John Carradine, avec son allure, l’intonation étrange de sa voix et son regard, incarne parfaitement ce personnage calme et raffiné obsédé par les méandres de son passé.
Avec son rapport à la peinture, le film joue d’ailleurs sur une inversion du Portrait de Dorian Gray : la peinture rappelle son passé à Gaston, faisant ressortir la désillusion dont il ne parvient pas à se défaire et qui l’obsède. Le voilà manipulé par sa pulsion, tout comme il manipule lui-même ses marionnettes.
Ce resserrement non seulement de l’intrigue mais de tout l’univers et de toute l’esthétique du film aux pulsions du personnage est remarquable.



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