
Après Les Trois Mousquetaires revisité récemment, voici donc une nouvelle
grosse production française qui s’occupe de mettre en image un fameux roman
d’Alexandre Dumas. On se réjouit que, de même que Les Trois Mousquetaires, ce film rencontre un public. On retiendra bien sûr la prouesse d’avoir fait tenir dans
un format de trois heures l’intrigue fabuleuse du roman. Les grandes lignes
sont tenues et le film se laisse voir avec plaisir, porté par l’intrigue de
Dumas bien sûr, et par une distribution intéressante. Plus que Pierre Niney, qui manque de charisme et qui est plus convaincant en Dantès qu’en
Monte-Cristo (d'ailleurs son Monte-Cristo est bien peu Italien : il nous évoque
beaucoup plus Dracula tenu par Gary Oldman, et, par son style et son allure
générale, il semble plus venir des Carpates que des bords du lac de Côme), on
retiendra Laurent Laffite qui est très bien en Villefort (1). Plusieurs saillies
dans les dialogues (dont l’amusante citation anachronique de Cyrano) font
mouche et quelques séquences sont très réussies (le dîner dans la maison où Villefort a tenté de commettre l'infanticide en particulier).
La fin, cependant déçoit
beaucoup. On a bien du mal à comprendre (et à accepter) que le légendaire final
du roman soit balayé et remplacé par un autre, bien moins abouti et qui
n’emmène pas bien loin. Ce n'est pas la première fois que le cinéma s'occupe ainsi de revisiter maladroitement (ce n'est rien de le dire) la fin du roman, Robert Vernay était déjà tombé dans le même travers. Rappelons, dans le roman, ce qu'il advient des trois ennemis,
Villefort devient fou, Morcerf se suicide et Danglars, alors qu’il
était laminé, ruiné et à sa merci, est finalement gracié par Monte-Cristo qui le laisse
partir. Ici, dans le film, il en est autrement du sort des trois ennemis : Villefort est tué lâchement, le second est laissé vivant après un combat au sabre que Monte-Cristo a failli
perdre (Morcerf n’est pas achevé uniquement pour ne pas que l’honneur dû
aux morts ne le sauve) et Danglars, une fois ruiné, est invité à disparaître mais sa vie n'est pas menacée. Bien entendu, toute l’idée de la vengeance à la fois comme
plan parfaitement abouti, pensé et déroulé disparaît en partie (André tue
Villeford ce qui n’était pas prévu et Morcerf manque de tuer le comte) mais,
surtout, le pardon qui sauve Danglars – idée cardinale s’il en est dans le roman –
disparaît tout à fait. La vengeance assouvit, nous dit le film, ce n’est pas du
tout ce que nous dit le roman, loin s’en faut. Mais un détail devait nous
prévenir : dans le film, lorsqu’il s’échappe du château d’If, Dantès
retourne chez lui et y apprend que son père est mort. C’est seulement à ce
moment qu’il part pour fomenter sa vengeance. Mais alors, si son père n’avait
pas été mort, il ne serait pas devenu Monte-Cristo ? C’est là une grave entorse
non pas seulement au récit mais au personnage lui-même, qui a vu sa colère gonfler tout au
long des années de prison.
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(1) : Parmi les précédentes
adaptations, le quatuor Depardieu/ Arditi/ Rochefort/ Aumont, dans la mini-série
en quatre parties de Josée Dayan en 1988, constituaient une distribution
exceptionnelle de référence pour chacun de ces rôles difficiles et légendaires.