mardi 1 septembre 2020

Tenet (C. Nolan, 2020)




S’il faut remercier la Warner de jouer le jeu pour avoir accepté de prendre un risque en sortant sa grosse production avant les autres majors dans cette période compliquée qui suit les différents confinements et restrictions – venant ainsi donner un coup de pouce aux salles de cinéma exsangues après un été très dur – Tenet s’avère néanmoins bien décevant.
Reprenant ses marottes habituelles (un mélange d’action et de jeux spatio-temporels), Christopher Nolan réalise une variation d’Inception où ce ne sont plus des rêves qui s’emboîtent mais des temporalités qui se croisent.
Mais le film est bien long, parfois ennuyeux, très bavard, servi par des acteurs assez fades (en particulier John David Washington et Elizabeth Debicki) et il ne captive guère. Si l’on est motivé, on pourra s’amuser à délabyrinther les sens cachés pour s’assurer de la cohérence de l’histoire, passablement confuse, en particulier dans la grande bataille finale, qui, loin de montrer l’aboutissement de la tenaille temporelle dont il est question tout au long du film, apparaît comme une scène de guerre conventionnelle et assez quelconque (on retrouve un peu le même travers que lors de l'épisode final du bunker dans Inception).
Bien entendu, il n’est jamais question d'émotion : tout ce qui touche les personnages restant bien froid et éloigné du spectateur (malgré une image finale qui se veut douce et réconciliatrice avec la mère et son enfant). Et l'on voit que Nolan compte sur les fans pour disserter, via les réseaux sociaux, de la cohérence de l’ensemble et des nombreux signaux cachés (le film tourne autour du carré Sator, mais plus comme un jeu que comme une clef explicative). Et l'on retombera alors dans le même travers qu'avec Inception : disséquer et comprendre un scénario retors et très mathématique n'a rien à voir avec une émotion cinématographique, loin s'en faut.
Il faut aussi regretter une régression par rapport à Inception : Nolan échoue complètement à représenter à l'écran les jeux imbriqués de temporalités contraires (entre les oiseaux qui volent à l'envers, les tourniquets ou la bataille finale brouillonne) quand il jouait très bien des ralentis qui suspendaient le temps pour imbriquer les rêves.

Le film met parfaitement en évidence une contradiction manifeste chez le réalisateur (contradiction déjà croisée dans Inception ou Interstellar) : il réalise de grands films d’action, qui se veulent aussi des histoires complexes. Or on se demande pourquoi Nolan cherche la déferlante d’action (avec des musiques fortes et des jeux de caméra qui alpaguent le spectateur) si ce sont les entrelacs complexes du scénario qui, in fine, sont censés marquer le spectateur. Cherche-t-il à réaliser un spectacle « total » (à la fois intelligent et divertissant), ou bien n’a-t-il pas confiance en sa capacité à captiver sans passer par de grosses séquences d’action ?
Force est de constater, en tous les cas, que lorsque le scénario ne peut se faire l'économie de séquences d'explications alambiquées (et Tenet, sur ce point, a des moments bien peu inspirés), Nolan est mal à l’aise, se contentant de champs-contre-champs lourds et sans saveur qui contrastent avec son aisance dans les moments d’action (par exemple lors de la séquence d’ouverture très réussie ou dans les montages parallèles parfaits qu’il propose à plusieurs reprises).

C’est alors que l’on se souvient que ses meilleurs films (ses trois Batman) nous épargnent les narrations discontinues et les idées scénaristiques science-fictionnelles. On se souvient aussi de son prétentieux Interstellar, gâché par de laborieuses réflexions métaphysiques. Et l’on se souvient enfin que, dans Memento, il s’abstient à la fois d’un déluge d’action et d’explications longues et mal mises en scène. C'est dire à quel point Nolan, finalement, n’est jamais aussi bon que lorsqu’il laisse de côté son blabla et sa prétention d’intelligence et se concentre sur des personnages qu’il jette au cœur de l’action.



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