lundi 29 avril 2024

Les Colts de la violence (Mille dollari sul nero de A. Cardone, 1966)

 



Le seul petit intérêt de ce western spaghetti est d’initier le personnage de Sartana, joué par le charismatique Gianni Garko, personnage qui revient dans une grosse quinzaine de westerns (souvent bien peu convaincants). Il faut reconnaître que c’est bien peu pour sauver le film.
C’est que, pour le reste, le film n'est guère convaincant, Alberto Cardone reprenant mille et une manières de faire typiques du genre, sans beaucoup d’originalité.
On notera cependant que, dans ce premier film, Sartana est le grand méchant : il fait régner la terreur sur la ville, et c’est son frère, revenant de douze ans de bagne (injustement condamné en lieu et place de… Sartana), qui devra s’opposer à lui.




vendredi 26 avril 2024

Little Odessa (J. Gray, 1994)

 



Très bon premier film de James Gray qui montre une étonnante maîtrise et une grande maturité pour ce premier film. Partant d’un thème très classique du cinéma américain (le tueur Joshua Shapira doit se charger d’un contrat), Little Odessa s’en décentre habilement pour se concentrer à la fois sur les rapports familiaux de Joshua (avec la mère éreintée par la maladie et son frère cadet qui l’adule) et sur son retour dans ce quartier de Little Odessa où il est proscrit à cause de ses faits d’armes passés. Le film, alors, laisse largement à l’arrière-plan les questions de tueurs et de mafias et il saisit parfaitement l’atmosphère particulière de ce quartier juif russe de Brooklyn. Certaines séquences, lentes et accompagnées d’une musique lancinante, sont magnifiques.
On comprend que Chabrol, qui lui aussi aimait tant peindre des ambiances de quartiers ou de villes de province, ait beaucoup apprécié ce travail du réalisateur.
Ce premier film montre toute l’originalité et toute la puissance visuelle de James Gray et annonce nettement ses prochains films (tout du moins ceux qu’il fera immédiatement après).

 



mercredi 24 avril 2024

Les Trois Mousquetaires : D'Artagnan (Bourboulon M., 2023)

 



Il est toujours plaisant de voir une grosse production française adapter un grand roman français : l’ambition est là, les moyens aussi, le casting est à l’avenant et le spectateur – qui est au rendez-vous – n’est pas destiné à être abruti par une énième comédie bas de gamme (genre qui se taille malheureusement une part de lion dans la production de films français).
Le film prend bien sûr bien des libertés avec le roman mais l’ensemble est assez rythmé et les quatre mousquetaires sont bien campés, en particulier Athos et Aramis, tenus par Vincent Cassel et Romain Duris qui trouvent le ton juste. Pio Marmaï, qui joue Porthos, est toujours un peu terne malgré tous ses efforts. Quant à François Civil, s’il se démène tant et plus, il n’est pas complétement convaincant. C’est que son physique assez lourd convient mal, peut-être, avec l’image virevoltante et tout feu tout flamme de D’Artagnan.
Mais l’on se plait à plonger dans l’univers de ces mousquetaires qui vivent mille aventures sous nos yeux. La réalisation, en revanche, fatigue : les scènes d’action se veulent immersives avec la caméra qui bouge dans tous les sens, le montage très rapide (les montages numériques s’accordent pourtant mal avec les affrontements à l’épée) et la musique envahissante qui surligne beaucoup trop l’action.
Et l’on regrette que l’une des forces du roman – les extraordinaires dialogues de Dumas – disparaisse tout à fait à l’écran : les réparties mémorables ou qui font mouche sont ici bien rares (« Ils ne veulent pas de ma paix, nous verrons s’ils préfèrent ma guerre » de Philippe Garrel qui campe un Louis XIII faussement calme et tout en retenu) de sorte que les dialogues peinent à enrober le film d’une jubilation et d’un élan qui lui manquent.

 


lundi 22 avril 2024

Always (S. Spielberg, 1990)

 



Dans la vaste filmographie de Steven Spielberg, on craint presque toujours l’excès de bons sentiments, le surdosage de sucre qui transforme une bonne pâtisserie en un dessert indigeste. Beaucoup de ses films parviennent (parfois de peu) à ne pas trop en faire, de sorte que si le goût sucré est bien présent on n’est pas écœuré pour autant. Mais, parfois, comme dans Always, l’abus de sucre achève le film.
En effet on reste ici empêtré dans ces bons sentiments auxquels se résume l’histoire, malgré sa volonté d’alterner le drame et la comédie et malgré l’abattage de Richard Dreyfuss. Mais on a connu l’acteur plus charismatique : ici l’alchimie si particulière de Spielberg ne prend guère et l’on comprend assez bien, finalement, que ce film soit un des rares échecs commerciaux du chouchou d’Hollywood.


 

samedi 20 avril 2024

Dark Angel (C. R. Baxley, 1990)

 



Film commercial sans âme, à mi-chemin entre le policier et la science-fiction. Craig R. Baxley, dans une tonalité très typée années 80, nous gratifie de tous les passages obligés du genre, dans leur version la plus éculée et fatigante. Chaque personnage, chaque situation, chaque pseudo-rebondissement a déjà été vu et revu. Et, dans cet ensemble, le scénario ridicule et vain, n’apporte rien.
Dans ce film qui va chercher des motifs à la fois du côté de Highlander, de Predator et de Terminator, les studios testent Dolph Lundgren en premier rôle, après qu’il a été révélé dans Rocky IV. Las, son jeu monolithique et insipide navre à chaque scène et achève le film.

 


jeudi 18 avril 2024

Diva (J.- J. Beineix, 1981)





Premier film de Jean-Jacques Beineix dont la recherche esthétique est déjà flagrante. Cette esthétique de type clip joue de couleurs métalliques, de musiques variées (incluant, comme il se doit, des airs d’opéra) et de décors allant du loft sans mobilier à l’atelier de peintre, en passant par le hangar empli de carcasses ou l’usine désaffectée. Autant d’éléments aujourd’hui datés mais très modernes à l’époque.
L’ensemble cherche un équilibre entre la tonalité urbaine et une certaine humeur poétique (notamment au travers du jeune homme au centre du film, qui est comme une lointaine émanation de Guia, le héros de Il était une fois un merle chanteur de Iosseliani).
On regrette que les personnages restent bien peu épais et que l’intrigue, en définitive, intéresse assez peu le réalisateur, tout à son ambition formelle.




lundi 15 avril 2024

Naked (M. Leigh, 1993)





Mike Leigh filme avec une acuité étonnante l’errance de Johnny, semi-paumé, semi-clodo, qui plonge dans les bas-fonds de Londres.
Son personnage est constamment sur le fil, entre cruauté et violence, mais aussi capable d’attention et de tendresse, provocant des rencontres, tout autant qu’il les fuit, sarcastique et fataliste, parlant beaucoup, tournant en rond, tantôt hésitant, tantôt avançant. On sent combien Leigh s’en remet à David Thewlis, excellent (la manière de faire du réalisateur inclut beaucoup l’improvisation) ainsi qu’à ses autres acteurs (on sait la très grande qualité de l’interprétation chez Leigh).
Et la magie opère : dans l’ordinaire déprimant et volontiers glauque sortent des émotions, des éclairs, des possibilités. C’est que, avec Leigh, tout n’est jamais complètement éteint dans ses personnages (sauf, peut-être, ici, dans celui de Jeremy, pervers et humiliant, mais il est une métaphore thatchérienne plus qu’un personnage de pleine substance). Leigh fouille ses personnages sans jamais les juger et, ce faisant, leur donne toujours une chance d’exister humainement, même quand tout semble condamné.
Terriblement lestée du poids de la  réalité, Naked est ainsi une magnifique satire noire sur la solitude, ce que ne seront plus ses films suivants, notamment Secrets et mensonges ou All or Nothing, qui sont des films sur les liens familiaux ou sur des secrets entre les êtres.

 

jeudi 11 avril 2024

Le cinéma moderne est né dans une île

 



De façon assez symbolique (puisqu’il est un espace isolé du monde), on peut considérer que le cinéma moderne est né dans une île.
En effet tout commence (la forme, le sujet, l’esprit, le ton, le jeu des acteurs) avec Un été avec Monika d'Ingmar Bergman. L’acte fondateur est cette échappée belle sur une île déserte (ou supposée telle). Il s’y joue de brefs instants idylliques, avant que l’ennui ne gagne Harry et Monika, imposant un retour vers la civilisation (qui est ici filmée comme le bruit et la fureur). Puis viennent le mensonge et la trahison – avec le fameux regard caméra d’Harriet Andersson qui nous prend à témoin.
Suivront d’autres pierres fondatrices, notamment L’Avventura puis Le Mépris (avec à la fois bien sûr la séquence de Capri à la villa Malaparte mais aussi la fameuse séquence dans l’appartement, qui fonctionne pour le couple comme un vase clos où tout se joue, à l’écart du monde) ou encore Pierrot le fou, qui fonctionne comme une réminiscence de Monika, en particulier avec ce jeu de couple qui se délite, joué par Belmondo et Anna Karina.




lundi 8 avril 2024

Dune, deuxième partie (Dune: Part Two de D. Villeneuve, 2024)

 



Suite de la première partie (de telle sorte que les deux films forment un tout), Dune, deuxième partie est sans doute moins convaincant. La construction du film est assez différente : le climax final est attendu et c’est vers lui que tendent de nombreux éléments qui se mettent en place tout au long du film (tensions politiques, influence de Paul au sein des Fremen, trahisons et autres barbaries). Or ce n’est pas dans ces moments d’action et de tension que le style de Villeneuve s’exprime le mieux, mais bien plus dans des moments de ralentissement ou de contemplation (ce qui s’accorde bien avec la personnalité de son héros). Dans le premier épisode, la principale scène d’action arrivait tout à coup, sans prévenir, surprenant aussi bien les Atréides que le spectateur. Dans un sens, Villeneuve était débarrassé de ce passage obligatoire d’un grand moment d’action. Ici le film est construit vers l’éclatement de l’action, ce qui lui nuit peut-être.
D’autre part, certains passages obligés sont moins prenants (l’initiation de Paul qui devient Fremen) et certains personnages sont bien décevants (les cousins Harkonnen sont confondants de bêtise et de violence mêlées, contrastant avec le baron lui-même, belle incarnation du Mal mais qui n’est pas idiot). Le personnage de Chani pâtit, quant à lui, de l'interprétation très médiocre de Zendaya.
On note néanmoins de très belles séquences, dont la première, lorsque Paul et Jessica sont traqués par des Harkonnen. Le désert, le silence des déplacements, l’envol des guerriers Harkonnen, cette séquence immersive peut envoûter un instant (et elle entraîne peut-être une petite déception : on ne le sait pas encore mais c’est là un des plus grands moments du film).