lundi 28 janvier 2019

Hostel (E. Roth, 2006)




Parmi les différents genres, le film d'horreur gore est un des plus récents : apparu dans les années 60 (autour des films de H. G. Lewis), il a fallu la disparition du code Hays (remplacé par un système de classification qui ne censure pas les films) pour qu’il se développe.
Le genre, alors, semble être allé vers toujours davantage de violence, d’horreur et de sang montré. Si bien des films ont cherché à prendre une distance comique avec l’horreur (Braindead par exemple) ou s’ils ont su retenir un peu leurs coups en s’intégrant dans d’autres genres (on pense à Seven, thriller noir qui intègre quelques images gore), d’autres, en revanche, jouent le gore plein cadre et filment tant et plus l’horreur, avec un premier degré patent et une volonté de réalisme éprouvante. De Cannibal Holocaust à Saw, le genre fait florès sur cette ligne.
Avec une focale qui insiste sur l’horreur crue, l’image, si elle peut ravir les aficionados, devient alors à peu près insoutenable. C’est d’ailleurs là une idée d’un film comme Hostel : tester les limites du spectateur. On sait, bien sûr, que c’est pour de faux, mais enfin, le cerveau est ainsi fait qu’il faut être bien armé pour encaisser de telles images.
Hostel propose donc un scénario très simple, qui est le prétexte à un déluge de scènes plus abominables les unes que les autres, articulées autour de quelques jeunes hommes kidnappés et torturés à des fins commerciales.

Bien entendu, l’image outrancière pose problème : que reste-t-il derrière le choc des images, que nous raconte d’autre le film ? Bien peu de choses malheureusement. Au-delà de ces images malsaines, le sujet lui-même est malsain : il montre la Slovaquie comme un bourbier épouvantable et glauque, empli de gangs, de policiers corrompus et de prostituées rabatteuses, autour d’une mafia de trafiquants d’horreur sans foi ni loi, où même les enfants participent au terrifiant business.
Et le bourreau est un citoyen lambda qui réalise, le plus simplement du monde, une petite passion, un petit fantasme ou un petit divertissement (un peu cher sans doute, mais enfin, on parle entre gens aisés). Il faut comprendre, sans doute, que sous ses dehors d’honnête homme propre sur lui, le citoyen lambda, dans ce beau pays qu’est la Slovaquie, a des pulsions ultraviolentes qu’il satisfait : leur vie banale est ainsi rehaussée de divertissements hauts en couleur.

En parallèle, le film livre un petit couplet anti-américain conventionnel (les victimes les plus chères étant les Américains, voilà le citoyen américain devenu produit de luxe). Comme si ce marché de la torture était une exagération du commerce libéral. Le prétexte à toutes ces tortures est donc un sujet à la fois anti-libéral et anti-américain, qui montre que, sous des dehors outranciers, le film est somme toute bien classique et que, derrière l’image, il n’y a pas beaucoup d’idées. Comme si une monstration éprouvante et hyperréaliste pouvait servir de support à une réflexion.
Hostel devient en fait un film purement pornographique, non pas tant dans l’obscénité de ses images, mais parce qu’il fonctionne selon le même principe qu’un film pornographique à savoir un scénario minimaliste qui sert de prétexte à l’enchaînement de rapports sexuels montrés sous toutes les coutures (et qui constituent, bien entendu, le cœur du film). De la même façon dans Hostel : le scénario n’est là que pour justifier de filmer plein cadre des scènes de torture.

On notera aussi que, par rapport aux films mettant en scène les psychopathes (de Halloween au Silence des agneaux) le point de vue a changé : ce n’est plus le psychopathe qui intéresse le réalisateur (qu'il s'agisse de Mike Myers ou d'Hannibal Lecter)  mais ce sont les crimes eux-mêmes qu'il veut montrer, tant qu’à faire. Dans Saw, par exemple, la présence du tueur sur lequel s’arrête un moment le film est juste là pour justifier – bien stupidement – ses crimes épouvantables, qui sont l’occasion d’une déferlante d’images d’horreur.

On ne saurait trop regretter que le cinéma, grand art de l’image, en arrive à cette volonté de montrer toujours plus d’images choquantes. On tient peut-être là l’évolution d’une tendance, commencée il y a cinquante ans, et qui donne à l’image d’horreur toujours plus de place dans le cadre, jusqu’à un aboutissement peut-être inéluctable dont Hostel est une des expressions (avec une tripotée d’autres films du même acabit) : il n’y a plus que l’horreur dans le cadre. Sous de faux prétextes scénaristiques, le film n’existe que pour montrer ces images limites.

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