vendredi 20 août 2021

Midsommar (A. Aster, 2019)



Revisite du Wicker Man de Hardy, Midsommar, hormis quelques aplats de couleurs dans les paysages ouverts de Suède, apporte peu. On comprend très vite où le film veut en venir, avec l’horreur qui finit par s’étendre sur les protagonistes.
Le spectateur risque de trouver bien long à la détente la bande d’amis qui se fait piéger et, quand celle-ci comprend ce qui se trame, il est trop tard. Mais il y a là sans doute un problème de narration puisque le spectateur est bien mieux informé que les personnages du film et, du coup, la tension baisse considérablement (sans compter que les amis piégés semblent bien naïfs) : on se demande juste à quelle sauce ils seront mangés, sans que l’on doute qu’ils y passent tous les uns après les autres, selon l’habitude classique et morne des films d’horreur. Ari Aster aurait pu se souvenir que, dans The Wicker Man, Robin Hardy, plus habilement, nous faisait découvrir les tenants et aboutissants en même temps que l’enquêteur, ce qui lui permettait de nous manipuler à souhait et de créer une tension croissante.


mercredi 18 août 2021

Godzilla vs Kong (A. Wingard, 2021)

 

Godzilla vs Kong n'est qu'un lamentable produit industriel. Il ne propose qu'une bouillie d’images accrochées à un scénario qui tente d’utiliser le prestige cinématographique des deux monstres Godzilla et King Kong, comme cela a déjà été fait par le passé, dans King Kong contre Godzilla en 1962, quand Honda surfait sur le succès foudroyant de sa bestiole après le film fondateur de 1954.
On décroche très vite devant la bêtise du scénario et devant un déluge d’action qui n’a aucun sens. Voilà un énième blockbuster boursouflé et crétin : l’exploitation ad nauseam des filons fait décidément bien du tort au cinéma.


 

lundi 16 août 2021

Le Choix de Sophie (Sophie's Choice de A. J. Pakula, 1982)

 

Si Le Choix de Sophie a eu une certaine résonance lors de sa sortie, le film, pourtant, est assez inégal : certaines séquences sont un peu forcées (dans les camps notamment, à l’exception de la scène clé, réussie), d’autres perdent le rythme. De la même manière la distribution est inégale.
Mais, bien sûr, trônant loin au-dessus des autres acteurs, Meryl Streep, dans un rôle difficile, est exceptionnelle. Elle livre ici une partition où elle montre toute la richesse de sa palette, avec son accent, sa façon de passer du rire aux larmes, de s’éteindre lorsque le passé lui revient, d’être enjouée ou touchante, tantôt légère, tantôt un peu folle et aux marges du monde, tantôt happée par le malheur. On ressent rarement cette impression d’avoir un acteur très au-dessus du reste du film (qui a des qualités, certes, mais avec trop de pathos, trop d’irrégularités, trop de longueurs).
Cela dit, le film reste très prenant, tant l’histoire vécue par Sophie – et que l’on cerne au fur et à mesure – est terrible.



samedi 14 août 2021

Comment je suis devenu super-héros (D. Attal, 2021)

 

Comment je suis devenu super-héros, en un sens, est assez expérimental : il tente une greffe improbable, celle de l’univers typiquement américain des super-héros avec celui de l’univers de polar français. En ce sens le film est assez réussi puisque le jeu sur les super pouvoirs passe bien, à mi-chemin de la série des X-Men – avec ces humains aux pouvoirs particuliers et des Indestructibles – avec ces super-héros en marge et sur le déclin. On regrette, en revanche, que cette greffe américaine se fasse sur des rameaux très fades : le film reprend les poncifs laborieux et conventionnels de ce que les séries télé policières françaises donnent à voir, avec ses commissariats, ses flics sans saveur, ses femmes-flics énergiques, toute une imagerie vue trop souvent. L’ensemble, alors, malgré quelques bonnes idées (et un Benoît Poelvoorde bienvenu) est assez quelconque et tire davantage du côté du téléfilm que de la puissance du cinéma.

 

jeudi 12 août 2021

Le Retour d'Afrique (A. Tanner, 1973)



Si le film, au premier abord, semble étrange, il est en réalité tout à fait raccord avec bon nombre des réalisations d’Alain Tanner. Le Retour d’Afrique évoque l’échec, le vide ou les moments ratés de la vie, un peu comme le faisait La Salamandre, Charles mort ou vif ou encore ou Dans la ville blanche. C’est là une des belles réussites de Tanner que d’illustrer à l’écran la maxime qui nous dit que la vie c’est, lorsque l’on prévoit l’avenir, tout ce qui se déroule en dehors de ce qui était prévu. Ici, pour Vincent et Françoise, leur échappée belle, leur envie de tout plaquer pour s’ouvrir de nouveaux horizons et leur envie d’exotisme entrainent un enfermement, une claustration insupportable, coincés qu’ils sont dans leur attente, dans cet entre-deux dont ils ne savent que faire. Et, un peu comme dans La Modification de Butor, progressivement, ils comprennent que la vie ne basculera pas dans le sens qu’ils souhaitaient et qu’ils ne partiront jamais. Ce moment en suspens et cette modification progressive sont très bien rendus par Tanner de même que les forces souterraines, insaisissables, qui sont à l’œuvre et empêchent la vie d’être pleine, sereine et emplie des rêves que l’on a.

 

mardi 10 août 2021

Fast and Furious 9 (F9 de J. Lin, 2021)

 


Conformément à ce que l’on pouvait supposer après le premier opus, la série Fast and Furious, en même temps qu’elle s’étirait, s’enfonçait dans une débilité toujours plus confirmée. Il faut bien admettre que l’on peut y voir – avec l’excès qui sied à toute caricature – tous les ingrédients des majors pour réaliser un blockbuster dans une forme outrancière et dégénérée.
On peut alors bien entendu oublier ce film aussitôt vu (ou, mieux encore, ne pas le voir du tout), mais on peut aussi le regarder comme un exemple délirant des excès de l’industrialisation à outrance.
On peut ainsi s'affliger de la très grande pauvreté de réalisation qui reprend tous les poncifs, avec, par exemple, des ralentis dès que l’action se veut décisive ou bien des champs contre-champs lourds et systématiques qui s’appliquent à toujours montrer en plein champ celui qui parle, comme le veut la vulgate des séries télé. La bêtise profonde du scénario laisse pantois, en multipliant à un niveau rarement égalé les incohérences, à tel point que, très vite, on ne prête plus guère attention à la cohérence de ce déversement d’action (toujours avides de performances et voulant intercepter un satellite, les scénaristes n’hésitent pas à lancer en orbite une voiture affublée d’un moteur de fusée…). La nullité étonnante des acteurs (y compris Vin Diesel, malgré les quelques vingt millions de dollars reçus pour cet opus) surprend aussi : au jeu minimaliste très prétentieux des uns, répond le cabotinage bête des autres. Il en est ainsi jusqu’aux dialogues qui sont eux aussi des caricatures constantes : dans un premier degré permanent, jamais les personnages ne se parlent vraiment, ils se contentent de déblatérer des informations pour tenter de faire comprendre le scénario ou bien émettent des phrases définitives (les dialogues parents-enfants se résument à des maximes de vie). Et il en est de même du montage, de la musique, des rapports entre les personnages, des rapports entre le film et le spectateur (pris sans cesse pour un sombre crétin à qui l’on peut fournir sans sourciller mille scènes idiotes), etc.
Que cette formule puisse avoir du succès laisse pantois mais elle en dit long sur le spectateur. On aimerait se dire qu’il se fait piéger et n’aime pas le film, mais c’est oublier que, comme pour n’importe quel fast-food qui ne trompe jamais son monde (on sait bien la nourriture que l’on va y trouver), ce neuvième (!) épisode ne trahit rien ni personne : il promet de la bouillie et de la décérébration et il tient parole.



vendredi 6 août 2021

OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire (Nicolas Bedos, 2021)



Nicolas Bedos reprend le flambeau de Michel Hazanavicius pour cette suite, quelques années plus tard, des aventures d’OSS 117, toujours campé par Jean Dujardin. Ce dernier est toujours aussi à l’aise dans cette parodie assumée de James Bond et l’on s’amuse de le voir évoluer dans cette atmosphère du tout début des années 80.
On regrette, en revanche, que des motifs tout à fait typiques des années 2020 fassent irruption (le partenaire d’OSS 117 qui surjoue sur l’homosexualité et la femme noire et meneuse d’hommes, malheureuse caricature). C’est bien dommage, cela donne une lourdeur à un film dont tout le piquant est le jeu sur la ringardise, la fausse classe, l’incapacité. Bedos, sur ces deux problèmes de personnages, se prend un peu les pieds dans le tapis, alors que le film, par ailleurs, bien que très superficiel (mais le film l’est pas essence) est plutôt plaisant.



mercredi 4 août 2021

Un homme en colère (Wrath of Man, 2021)




Énième film d’action centré sur Jason Statham qui vient cachetonner autour d’un rôle comme il en a déjà tant fait. L’inexpressivité massive et minimaliste de son jeu est employée toujours de la même manière, selon une recette huilée destinée à plaire aux fans. Guy Ritchie, dont on a pu par ailleurs vanter le « style » (même s’il y a beaucoup  dire sur le fait qu’il ait réellement un style) propose ici une réalisation tout ce qui a plus conventionnelle, sans âme ni créativité. On notera simplement le braquage qui ouvre le film, filmé dans un plan-séquence habile qui laisse hors-champ l’essentiel de l’action (la caméra restant confinée, immobile, dans le fourgon braqué). L’intrigue, alors, consistera à dévoiler progressivement ce qui s’est passé hors-champ. Bien sûr ce petit artifice ne saurait sauver le film qui ne plaira qu’aux fans ou aux spectateurs blasés et bien peu difficiles.



 

lundi 2 août 2021

Kaamelott : Premier Volet (A. Astier, 2021)



 

Fidèle à lui-même, Alexandre Astier reprend dans Kaamelott les situations, les personnages et le ton de sa série (avec la noirceur vers laquelle la série s’était progressivement dirigée). Il multiplie les jeux de langages et les séquences absurdes et déroule un amusant casting d’acteurs, entre vieux routiers de la série (François Rollin) et guest stars.
On regrette que certaines séquences soient complètement en porte-à-faux du ton général du film (toutes les séquences dans lesquelles Arthur se remémore son enfance) et que quelques autres se perdent lorsqu'elles en ont font trop (mais la limite entre absurdité et délire creux est parfois difficile à trouver) mais l’ensemble tient plutôt la route. À condition, bien sûr, de ne pas attendre de Kaamelott plus qu’il ne peut en donner : ici une comédie sans ambition ni épaisseur, avec un ADN télévisuel mais qui n’est, peut-être, pas loin du maximum de ce que le cinéma français peut, en ces temps difficiles, produire dans le genre. C’est dire combien ce dernier est mal en point…