lundi 25 avril 2022

OSS 117 se déchaîne (A. Hunebelle, 1963)

 



Si ce premier film de la série des OSS 117 d'André Hunebelle se laisse suivre sans déplaisir, il n'est pas non plus passionnant. On mesure l’écart entre ce film et la grande réussite – et qui va très vite devenir culte – de James Bond 007 contre Dr No, qui est sorti un an auparavant.
Les différences sont faciles à repérer et laissent songeurs : avec quelques atours de plus, les différents films de Hunebelle auraient pu avoir une glorieuse descendance.

Il est bien entendu que Kerwin Matthews dans le rôle titre n’a pas le charisme de Sean Connery, loin s’en faut. Il reste tout à fait terne, que ce soit dans l’action ou dans la séduction (avec la scène risible ou il finit par embrasser Gisèle, qui loue des voitures, après une drague ridicule, mal amenée et forcée).

Autour du héros point de grand méchant non plus, ce que la série des Bond, comprenant la leçon d’Hitchcock, a parfaitement su retenir. Ici les scénaristes l’oublient : OSS 117 passe son temps à côtoyer des sous-fifres sans intérêt.

Point d’exotisme non plus, alors que l’histoire se passe à Bonifacio avec sa ville perchée et ses falaises incroyables. Mais Hunebelle nous coince dans des intérieurs quelconques, avec des séquences sans âme et sans punch.
Malgré le titre, tout cela est bien mollasson.
Si le film démarre en nous faisant miroiter un danger planétaire (en parvenant à repérer les SNLE français, c’est la fragile paix du monde qui serait déséquilibrée), l’enquête ne s’extrait pas du meurtre initial et piétine longtemps autour du sieur Renotte, second couteau dont on se demande quand OSS 117 s’en débarrassera. Et s’il y a bien un sonar fantastique caché dans une grotte, on ne le voit guère, et on reste loin de l’ambition de débusquer le repaire du méchant. En fait, tout ce qui fait le piment de Dr No est ici absent.


Comme polar d’espionnage qui aimerait avoir un certain charisme et dépasser le genre, on préférera nettement, pour donner quelques exemples français, Le Gorille vous salue bien, avec l’ami Ventura, ou encore les facéties d’Eddie Constatine en Lemmy Caution (Cet homme est dangereux par exemple). On préférera aussi les récentes adaptations d'OSS 117 avec Jean Dujardin dans le rôle titre, même si elles sont sur un registre très différent, entre parodie et hommage.



samedi 23 avril 2022

Qui a peur de Virginia Woolf ? (Who’s Afraid of Virginia Woolf? de M. Nichols, 1966)





Pour ce qui est le premier film de Mike Nichols, Qui a peur de Virginia Woolf ? ne bénéficie pas seulement d’une réalisation qui tient en haleine ou d’un scénario abouti qui dissèque ses personnages, mais il dispose d’un duo de comédiens exceptionnels qui proposent deux compositions à la fois délirantes et complémentaires. Elizabeth Taylor, tonitruante, et, plus encore, sans doute, Richard Burton, beaucoup plus introverti, tiennent le film de bout en bout. Ils composent un vieux couple, déjà usé, cabossé et vicieux.
En face, le jeune couple apparaît tout aussi malade mais il n’est pas rongé par le même mal. Ce n’est pas l’usure de la vie mais bien plus l’ambition et la soif de paraître qui les pervertit. Le film, très cruel, laisse tout ce petit monde en lambeaux.

Si le film montre un moment cathartique dans un ordinaire qui semble bien dépravé, Nichols poursuivra sa dissection de l’Amérique avec Le Lauréat.

 

mercredi 20 avril 2022

Quelques jours de la vie d'Oblomov (Несколько дней из жизни И. И. Обломова de N. Mikhalkov, 1980)

 



Nikita Mikhalkov met dans cette adaptation du roman de Gontcharov toute son élégance particulière, à la fois glacée et raffinée, très russe.
La première séquence, qui voit Oblomov allongé, houspillé par son valet et qui, sans cesse, refuse de se lever, et très réussie et fait un bel écho à la même séquence, fameuse, du  roman.
Bien entendu le type de personnage qu’est Oblomov, né au milieu du XIXème siècle, trouve une résonance particulière aujourd’hui, tant cette incapacité à se lever et à faire les choses semble s’être répandue. Alliée à l’abrutissement médiatique, cela crée des hordes de fantômes désincarnés, adossés à leur canapé, voulant bien tout, du moment que l’on ne leur demande pas de prendre leurs responsabilités. On notera simplement que si, dans le film (et dans le roman), Oblomov vit mal cette pusillanimité, l’oisiveté molle des Oblomov d'aujourd'hui est trop souvent très bien vécue…


samedi 16 avril 2022

La Vie privée d'Elisabeth d'Angleterre (The Private Lives of Elizabeth and Essex de M. Curtiz, 1939)

 



Le film de Michael Curtiz laisse une impression curieuse, liée notamment au casting à la fois réussi et bancal. C’est qu’Elizabeth d’Angleterre est campée par Bette Davis qui réussit une partition époustouflante. Le film, à n’en pas douter, lui doit beaucoup. Le rôle du comte d’Essex, de son côté, est tenu par ce cher Errol Flynn, tout feu tout flamme, comme il se doit. Casting impeccable, se dit-on alors. Oui mais voilà : on voit mal, à l’écran, le bel Errol, bourreau des cœurs, chevalier sans peur et sans reproche, tomber amoureux de Bette Davis, volontiers enlaidie (le crâne en partie rasé, engoncée dans des tenues ad hoc), colérique, aigrie et jalouse.



Tout cela sent un peu trop la recette hollywoodienne. De même la fin – où  l’on se rend compte que le comte d’Essex est incapable de réfréner son ambition – laisse circonspect.
Il faut vraiment tout le talent de Bette Davis pour tenir la narration et rendre crédible l’histoire.


mercredi 13 avril 2022

Un seul amour (Jeanne Eagels de G. Sidney, 1957)

 



Il n’est pas certain que ce soit l'actrice Jeanne Eagels elle-même – dont le film retrace la biographie – qui ait intéressé George Sidney, mais bien plutôt Kim Novak, qui tient son rôle. Le film est en effet centré davantage sur l’actrice qui fait une partition étonnante, avec cette beauté à la fois parfaite et imparfaite d’où émane quelque chose d’étrange, d’insolite.
Le personnage, alors, montre une fragilité contrebalancée par une ambition immense, un talent rattrapé par une autodestruction. L’ironie est que Jeanne Eagels ne trouve son équilibre qu’aux côtés de Sal, mais il s'agit d'un équilibre destructeur puisque l’un et l’autre, sans cesse, sont en décalage, ne s’accordant pas sur leurs ambitions ou sur leurs destins.
George Sidney capte alors parfaitement la fatalité qui s’abat sur ce personnage seul et qui ne parvient pas à équilibrer son ambition, ses émotions et ses faiblesses.




lundi 11 avril 2022

The Batman (M. Reeves, 2022)

 



Batman est, par essence, un super-héros complexe et sans cesse tiraillé entre le Bien et le Mal, et, même, engoncé dans son rôle de justicier, palliant les manques et les échecs de la police. A rendre la justice, il flirtera donc toujours avec les héros des vigilante movies (façon Charles Bronson ou Joe Don Baker). L’ouverture du film, très sombre, peu spectaculaire (prenant ainsi le contre-pied de The Dark Knight) fait d’ailleurs directement référence à Un justicier dans la ville (avec la bande qui attaque un quidam dans le métro).
Et, comme il se doit mais de façon plus marquée encore que dans d’autres films de la série, Batman ne quitte jamais cette crête étroite et instable entre justice et vengeance. Et, au-delà, on sait que si la justice apaise, la vengeance en revanche, condamne. Cette hésitation est renforcée par le tueur qu’il s’agit de traquer et qui est un alter-ego direct de Batman, reprenant un grand thème du cinéma américain avec cette confusion grise marquant la vaste zone d’ombre entre le Bien et le Mal.

Robert Pattinson – au jeu minimaliste indispensable pour le rôle – est comme l’héritier d’un monde noir, détruit et dont on ne s’extrait guère. Cet acteur millenium donne une ligne d’interprétation très dure : il est comme le spectateur héritier d’un monde aux allures de cloaque.

Le tueur évoque, comme mélangés dans un shaker toujours plus noir et trouble, les psychopathes de Seven, de Zodiac ou même de Saw (pour les mises en scène des crimes en forme de pièges rédempteurs volontiers trashs).

On regrette le climax final – comme une concession à ce passage obligé des blockbusters –, qui est peu convaincant et montre combien Matt Reeves est plus à l’aise dans cette atmosphère non plus gothique (hormis les intérieurs de la maison de Bruce Wayne comme l’exige le genre) mais alourdie du poids du mal.

 

samedi 9 avril 2022

La Faute à Voltaire (A. Kechiche, 2000)

 



Abdellatif Kechiche, dont on sait la capacité à faire vivre des personnages, fourbit ses armes dans ce premier film. Si Kechiche n’a pas d’autre ambition que celle de saisir des moments de vie – comme il saura le faire si bien par la suite –, ce premier film manque d’âme et de cette puissance que le réalisateur trouvera si bien dans La Graine et le Mulet (qui est cité, de façon étonnante, avec quelques sept ans d’avance…).
Il faut dire que le cinéma de Kechiche repose beaucoup sur ses acteurs et, malheureusement, Sami Bouajila manque de charisme. Aure Atika n’est guère convaincante (même si son personnage a une beauté cachée quand elle repart avec son enfant et disparait au moment du mariage), pas plus qu’Elodie Bouchez, fatigante en nymphomane détraquée. On préférera Bruno Lochet en copain de galère au bon cœur.
En revanche on apprécie que, sur un sujet éminemment politique, Kechiche ne cherche pas à militer : on voit bien que la cause des immigrés, leur accueil, leur expulsion, leur rapport avec les forces de l’ordre ou les associations d’aide, tout cela n’est pas son sujet. Son sujet c’est de scruter ses personnages, de les regarder évoluer, aimer, se rapprocher, se déchirer. Sur ce plan La Faute à Voltaire, qui n’a pas cette puissance qu’auront d’autres films de Kechiche plus tard, a déjà cette singularité remarquable en elle-même.