samedi 30 mars 2024

Le Prix du danger (Y. Boisset, 1983)

 



Anticipant les délires de la téléréalité et poussant, comme il se doit, le curseur un cran plus loin, Yves Boisset tire à boulets rouges sur le spectacle télévisuel dans tout ce qu’il a de cynique et aussi sur les foules avides qui cautionnent ce sinistre show.
Si ce n’est la destinée meurtrière du jeu on retrouve des équivalents récents qui rendent le jeu télévisé du film tout à fait crédible.
Mais il est bien dommage que Boisset avance toujours avec de gros sabots : ses personnages sont très caricaturaux et la dénonciation, très lourde, quand bien même elle peut être assez juste, a peu de portée.
L’idée force du Prix du danger évoque de nombreux films, notamment américains, en particulier Network qui montrait déjà toute la dimension outrancière et jusqu’au-boutiste du spectacle télévisuel ou encore Rollerball, dont le jeu destiné à captiver les foules dérive jusqu’au sang ou même La Course à la mort de l’an 2000, qui joue aussi de l’avidité du public pour le sang au travers de puissants relais médiatiques.

 



jeudi 28 mars 2024

Né pour vaincre (Born to Win d'I. Passer, 1971)

 



Born to Win suit les frasques d’un junkie qui cherche à se sortir des magouilles et des mauvais plans dans lesquels il replonge sans cesse. Ivan Passer s’appuie sur le charisme de George Segal, dont le personnage, beau parleur et plein d’espoir, deale, vole des voitures, fait des rencontres (Karen Black) ou craque devant les flics.
Très typé Nouvel Hollywood (par le thème, le ton, le style), Born to Win est un bel exemple de ce que Hollywood, déplaçant l’axe de sa caméra, se met à filmer, dans les années 70 et qui restait obstinément hors-champ dans le cinéma classique américain. L’envers du décor de New-York est donc montré, avec ses rues sales, ses impasses sordides, ses bars glauques, ses appartements défraîchis. La fin très noire, entre impasse et tragédie, participe de ce regard nouveau et sans aucune concession.
J. J. pourrait croiser dans la rue ou dans les bars Billy et Ernie de Fat City, Cooper de The Nickel Ride, Bobby Dupea de Cinq pièces faciles ou bien sûr Travis Bickle de Taxi Driver et tant d’autres personnages antihéros, un peu paumés et un peu marginaux qui tournent en rond en cherchant à s’en sortir.
On notera l’un des premiers rôles de Robert de Niro, dans un petit rôle de flic, juste avant que Coppola et son ami Scorsese ne lui offrent des rôles qui le mettent sur orbite.




mardi 26 mars 2024

Or noir (Black Gold – Day of the Falcon de J.- J. Annaud, 2011)

 



Film à la trame assez classique, ce qui n’est finalement pas si fréquent chez Jean-Jacques Annaud, dont le seul défi a été de reconstituer à l’image le désert d’Arabie des années 30.
Si le film est bien construit, il reste assez conventionnel, avec le fils savant qui apparaît comme un tacticien hors-pair puis, tel Laurence d’Arabie, le voilà qui galvanise bientôt ses hommes, regroupe des tributs et humilie les troupes de l’émir Nessib.
Sans démériter et fournissant son lot d’exotisme, Or noir reste cependant un film mineur de Annaud, loin de ses films les plus originaux.


lundi 25 mars 2024

On l'appelle Trinita (Lo chiamavano Trinità... de E. Barboni, 1970)





Ce western spaghetti tout à fait quelconque – et même assez pénible à suivre – a pourtant, de par son énorme succès, engendré toute une série de films aussi pénibles les uns que les autres.
En ne se contentant plus de l’humour et du second degré inhérents au genre (humour souvent traité par la mise en scène, le montage ou quelques réparties), mais en dérivant carrément vers la farce et le burlesque, On l’appelle Trinita emmène le western spaghetti vers la parodie. Les scènes classiques du genre sont ainsi détournées (on ne se bat plus avec des colts mais à coups de poings ; la virtuosité de Trinita avec son colt confine au surnaturel) mais, le western spaghetti étant déjà un second degré par rapport au western matriciel américain, il s’agit ici d’un troisième degré, bien fatigant à suivre et immédiatement lassant.
Le film lance le fameux duo Terence Hill et Bud Spencer dont le succès sera bientôt colossal mais qui va cantonner le genre au cinéma d’exploitation.
Alors, fort de son grand succès, ce filon de la parodie (on parle à son propos de « westerns fayots », notamment en référence à la première séquence du film) sera exploité jusqu’à l’épuisement et participera largement à l’enterrement du genre, quelques dix ans plus tard.




vendredi 22 mars 2024

Le Serpent (H. Verneuil, 1973)




Film d’espionnage à la française (mais qui se déroule en grande partie au siège de la CIA à Langley), Le Serpent a aujourd'hui pris un coup de vieux.
Très conventionnelle (malgré une jolie brochette d'acteurs), cette histoire d’espion du KGB qui passe à l’Ouest semble d’un autre temps. Henri Verneuil livre un film qui a tout d’américain (le sujet, plusieurs acteurs) mais qui est en fait très appliqué et didactique. Henri Fonda lui-même semble pris dans un costume étroit qui rigidifie son jeu.
On retrouvera le même travers dans I… comme Icare (là aussi très américain dans le sujet) où Verneuil ne parvient pas éviter cette impression d’application finalement assez terne et loin de la verve ou du punch de ses meilleures réalisations.

 


mercredi 20 mars 2024

Delicatessen (J.- P. Jeunet et M. Caro, 1991)


 



Ce premier film de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro est une belle réussite. Ils ont réussi à installer (avec des moyens limités) une ambiance très particulière, en partie rétro, en partie post-apocalyptique (le film est une forme de huis clos dans un immeuble, au milieu d’une friche indéfinissable), avec une image jaune-sépia déjà caractéristique. Une belle galerie de personnages peuple l’immeuble avec le terrible boucher du commerce du rez-de-chaussée (Jean-Claude Dreyfus, dans une composition marquante) et, ensuite, à chaque étage, des personnages grotesques, étranges, iconoclastes. La distribution fait la part belle à des acteurs encore inconnus (Karine Viard par exemple) et Dominique Pinon trouve là un très bon premier premier rôle.
Le film, ensuite, déploie toute l’imagination des auteurs, depuis le récit principal jusque dans ses moindres détails, multipliant des saynètes parfois savoureuses.
Si le film est souvent jubilatoire, on sent bien l’influence de Marc Caro qui donne à Delicatessen une noirceur qui confine parfois au glauque, alors que, une fois que Jeunet sera seul aux commandes, il conservera bien des motifs déjà présents (les personnages hauts en couleur, une attirance vers le rétro des années cinquante ou soixante, le soin du détail baroque, le ton de comédie) mais dans une ambiance douce et très (trop) sucrée donnant à ses films une légèreté que n’a pas Delicatessen (Amélie Poulain en est le prototype, mais Micmacs à tire-larigot le montre très bien aussi).

 


lundi 18 mars 2024

Pagine chiuse (G. Da Campo, 1969)





Beau film que ce moment de la vie d’un adolescent délaissé par ses parents et coincé dans un orphelinat.
On peut trouver une certaine distance ou une certaine froideur dans le traitement du sujet par le réalisateur. Mais, en réalité – et nous avons déjà eu l’occasion de le dire – Gianni Da Campo a la belle vertu de la neutralité, vertu si rare et si chère qu’elle nous fait regarder ce film avec une sérénité rare : celle qui nous laisse seul juge de ce que l’écran expose.