Si
tout le monde a quelque chose à dire (et
parfois tellement à dire !) sur un film, la plupart du temps tout ce qui
peut être dit se mélange et, bien souvent, les conversations tournent à vide
car les uns et les autres ne parlent pas des mêmes choses. Or, c’est bien
connu, on ne peut comparer que ce qui est comparable.
En
effet, si l’on dit d’un film qu’il nous a émus et que l’interlocuteur répond que
ce qu’il a apprécié dans ce même film est qu’il est brillamment réalisé quand
un troisième explique que, en revanche, il ne l’a pas aimé à cause du message
porté par le film, force est de reconnaître que tout cela n’a rien à voir.
En
fait, si l’on veut organiser un peu la critique et la discussion, il faut
s’entendre sur ce que l’on dit d’un film et le regard qu’on lui porte.
On
peut ainsi distinguer la description :
c’est-à-dire s’en tenir à ce qui apparaît à l’écran. Si l’on prend l’exemple
fameux de L’Escalier d’Odessa dans Le Cuirassé Potemkine, il s’agit de décrire la foule rejetée dans les
escaliers par les soldats qui avancent au pas, puis tel personnage qui reçoit
une balle quand tel autre est écrasé, alors qu’un landau abandonné descend en
cahotant les marches, etc.
L’analyse de la séquence s’attardera
sur les procédés techniques utilisés et leur fonction : le travelling qui
accompagne la rectitude écrasante des soldats, les gros plans qui affichent en
plein cadre la douleur d’une vieille femme et, bien sûr, le fameux montage
d’Eisenstein qui relie entre eux tous ces éléments et leur donne une terrible force
dramatique.
L’interprétation de la séquence, de
son côté, incite à resituer le film dans le contexte de sa création : il
s’agit d’une œuvre de propagande, commandée par les bolcheviques et qui sert
une cause politique en montrant l’armée du tsar qui martyrise le peuple. À ce
titre le film fut longtemps interdit en Europe.
Cette
approche conduit le spectateur à s’interroger : le film montre-t-il (dans ce sens la séquence
de Potemkine met simplement en scène une troupe qui s’interpose face à une
révolte) ou prescrit-il (Potemkine
est alors une œuvre de dimension politique) ?
Ces différents niveaux de lecture, selon les films, peuvent être idéologiques, politiques, religieux, etc.
Enfin
l’évaluation
du film consiste à dire, finalement, si le film a procuré une émotion, s’il a
plu ou ému, s’il a fait rire ou pleurer, s’il a évoqué quelque chose d’intime,
provoqué une résonance particulière ou si, au contraire, il a ennuyé et n’a pas
su capter l’attention ni provoquer d’émotion.

On remarquera que la description et l'analyse, fondamentalement, procèdent d'un regard objectif, quand l'interprétation et l'évaluation viennent d'un regard subjectif sur l’œuvre.
Certains
films sont facilement réduits à une seule de ces dimensions, empêchant en
réalité d’aborder d’autres éléments. On sait par exemple que 300 de Z. Snyder est bien souvent réduit à sa prétendue
dimension fascisante et, aujourd’hui, l’on retient des films d’Eisenstein,
le temps passant, non plus leur dimension politique mais bien leur extraordinaire
brio technique.
Donc, tantôt c’est l’interprétation qui donne le la de la
critique, tantôt l’analyse. Dès lors on comprend bien que ce n'est qu'en gardant à l’esprit ces
différents regards et en disant nettement les choses que l'on rend possible une discussion qui n'est pas un dialogue de sourds.